{"id":1055,"date":"2023-10-20T14:23:35","date_gmt":"2023-10-20T12:23:35","guid":{"rendered":"https:\/\/archiliturgique.fr\/?p=1055"},"modified":"2023-10-20T14:23:35","modified_gmt":"2023-10-20T12:23:35","slug":"desiderio-desideravi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archiliturgique.fr\/index.php\/desiderio-desideravi\/","title":{"rendered":"DESIDERIO DESIDERAVI"},"content":{"rendered":"<div class=\"testo\">\n<div class=\"abstract text parbase vaticanrichtext\">\n<p><span class=\"color-text\">LETTRE APOSTOLIQUE<\/span><\/p>\n<p><b><i><span class=\"title-1-color\">DESIDERIO DESIDERAVI<\/span><\/i><\/b><\/p>\n<p><span class=\"color-text\">DU SAINT-P\u00c8RE<br \/>\n<b>FRAN\u00c7OIS<\/b><\/span><\/p>\n<p><span class=\"color-text\">AUX \u00c9V\u00caQUES, PR\u00caTRES ET DIACRES,<br \/>\nAUX PERSONNES CONSACR\u00c9ES<br \/>\nET AUX FID\u00c8LES LA\u00cfCS<\/span><\/p>\n<p><span class=\"color-text\">SUR LA FORMATION LITURGIQUE<br \/>\nDU PEUPLE DE DIEU<\/span><\/p>\n<div class=\"clearfix\"><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"text parbase vaticanrichtext\">\n<p><i>Desiderio desideravi<br \/>\nhoc Pascha manducare vobiscum,<br \/>\nantequam patiar.\u00a0<\/i>(Lc 22,15)<\/p>\n<p><b>1.<\/b>\u00a0Tr\u00e8s chers fr\u00e8res et s\u0153urs,<\/p>\n<p>par cette lettre, je d\u00e9sire vous rejoindre tous \u2013 apr\u00e8s avoir d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit uniquement aux \u00e9v\u00eaques apr\u00e8s la publication du Motu Proprio\u00a0<i>Traditionis custodes<\/i>\u00a0\u2013 et je vous \u00e9cris pour partager avec vous quelques r\u00e9flexions sur la liturgie, dimension fondamentale pour la vie de l\u2019\u00c9glise. Le sujet est vaste et m\u00e9rite d\u2019\u00eatre examin\u00e9 attentivement sous tous ses aspects. Toutefois, dans cette lettre, je n\u2019ai pas l\u2019intention de traiter la question de mani\u00e8re exhaustive. Je souhaite plut\u00f4t offrir quelques pistes de r\u00e9flexion qui puissent aider \u00e0 la contemplation de la beaut\u00e9 et de la v\u00e9rit\u00e9 de la c\u00e9l\u00e9bration chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p><i>La Liturgie : \u00ab l\u2019aujourd\u2019hui \u00bb de l\u2019histoire du salut<\/i><\/p>\n<p><b>2.<\/b>\u00a0<i>\u00ab J\u2019ai d\u00e9sir\u00e9 d\u2019un grand d\u00e9sir manger cette P\u00e2que avec vous avant de souffrir ! \u00bb\u00a0<\/i>(Lc 22,15) Ces paroles de J\u00e9sus par lesquelles s\u2019ouvre le r\u00e9cit de la Derni\u00e8re C\u00e8ne sont la fente par laquelle nous est donn\u00e9e la surprenante possibilit\u00e9 de percevoir la profondeur de l\u2019amour des Personnes de la Sainte Trinit\u00e9 pour nous.<\/p>\n<p><b>3.\u00a0<\/b>Pierre et Jean avaient \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s pour faire les pr\u00e9paratifs n\u00e9cessaires pour manger la P\u00e2que. Mais, \u00e0 y regarder de plus pr\u00e8s, toute la cr\u00e9ation, toute l\u2019histoire \u2013 qui allait finalement se r\u00e9v\u00e9ler comme l\u2019histoire du salut \u2013 est une grande pr\u00e9paration \u00e0 ce repas. Pierre et les autres se tiennent \u00e0 cette table, inconscients et pourtant n\u00e9cessaires : tout don, pour \u00eatre tel, doit avoir quelqu\u2019un dispos\u00e9 \u00e0 le recevoir. Dans ce cas, la disproportion entre l\u2019immensit\u00e9 du don et la petitesse du destinataire est infinie et ne peut manquer de nous surprendre. N\u00e9anmoins, par la mis\u00e9ricorde du Seigneur, le don est confi\u00e9 aux ap\u00f4tres afin qu\u2019il soit apport\u00e9 \u00e0 tout homme et \u00e0 toute femme.<\/p>\n<p><b>4.<\/b>\u00a0Personne n\u2019avait gagn\u00e9 sa place \u00e0 ce repas. Tout le monde a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9. Ou plut\u00f4t, tous ont \u00e9t\u00e9 attir\u00e9s par le d\u00e9sir ardent que J\u00e9sus avait de manger cette P\u00e2que avec eux : Il sait qu\u2019il est l\u2019Agneau de ce repas de P\u00e2que, il sait qu\u2019il est la P\u00e2que. C\u2019est la nouveaut\u00e9 absolue de ce repas, la seule vraie nouveaut\u00e9 de l\u2019histoire, qui rend ce repas unique et, pour cette raison, ultime, non reproductible : \u00ab la Derni\u00e8re C\u00e8ne \u00bb. Cependant, son d\u00e9sir infini de r\u00e9tablir cette communion avec nous, qui \u00e9tait et reste son projet initial, ne sera pas satisfait tant que tout homme, de toute tribu, langue, peuple et nation (Ap 5,9) n\u2019aura pas mang\u00e9 son Corps et bu son Sang. C\u2019est pourquoi ce m\u00eame repas sera rendu pr\u00e9sent, jusqu\u2019\u00e0 son retour, dans la c\u00e9l\u00e9bration de l\u2019Eucharistie.<\/p>\n<p><b>5.\u00a0<\/b>Le monde ne le sait pas encore, mais tous sont<i>\u00a0invit\u00e9s au repas des noces de l\u2019Agneau<\/i>\u00a0(Ap 19, 9). Pour \u00eatre admis au festin, il suffit de porter l\u2019habit nuptial de la foi, qui vient de l\u2019\u00e9coute de sa Parole (cf. Rm 10, 17). L\u2019\u00c9glise taille ce v\u00eatement sur mesure pour chacun, avec la blancheur d\u2019un tissu\u00a0<i>lav\u00e9 dans le Sang de l\u2019Agneau<\/i>\u00a0(cf. Ap 7, 14). Nous ne devrions pas nous permettre ne serait-ce qu\u2019un seul instant de repos, sachant que tous n\u2019ont pas encore re\u00e7u l\u2019invitation \u00e0 ce repas, ou que d\u2019autres l\u2019ont oubli\u00e9e ou se sont perdus en chemin dans les m\u00e9andres de la vie humaine. C\u2019est ce dont je parlais lorsque je disais : \u00ab J\u2019imagine un choix missionnaire capable de transformer toute chose, afin que les habitudes, les styles, les horaires, le langage et toute structure eccl\u00e9siale devienne un canal ad\u00e9quat pour l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation du monde actuel, plus que pour l\u2019auto-pr\u00e9servation \u00bb (<i><a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_exhortations\/documents\/papa-francesco_esortazione-ap_20131124_evangelii-gaudium.html#Un_renouveau_eccl%C3%A9sial_qu%E2%80%99on_ne_peut_diff%C3%A9rer\">Evangelii gaudium<\/a><\/i>, n\u00b0 27) : afin que tous puissent s\u2019asseoir au repas du sacrifice de l\u2019Agneau et vivre de Lui.<\/p>\n<p><b>6.\u00a0<\/b>Avant notre r\u00e9ponse \u00e0 son invitation \u2014 bien avant ! \u2014 il y a son d\u00e9sir pour nous, Nous n\u2019en sommes peut-\u00eatre m\u00eame pas conscients, mais chaque fois que nous allons \u00e0 la Messe, la raison premi\u00e8re est que nous sommes attir\u00e9s par son d\u00e9sir pour nous. De notre c\u00f4t\u00e9, la r\u00e9ponse possible \u2014 qui est aussi l\u2019asc\u00e8se la plus exigeante \u2014 est, comme toujours, celle de nous abandonner \u00e0 son amour, de nous laisser attirer par lui. Vraiment, toute r\u00e9ception de la communion au Corps et au Sang du Christ a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9sir\u00e9e par Lui lors de la Derni\u00e8re C\u00e8ne.<\/p>\n<p><b>7.<\/b>\u00a0Le contenu du Pain rompu est la croix de J\u00e9sus, son sacrifice d\u2019ob\u00e9issance par amour pour le P\u00e8re. Si nous n\u2019avions pas eu la derni\u00e8re C\u00e8ne, c\u2019est-\u00e0-dire si nous n\u2019avions pas eu l\u2019anticipation rituelle de sa mort, nous n\u2019aurions jamais pu saisir comment l\u2019ex\u00e9cution de sa condamnation \u00e0 mort a pu \u00eatre l\u2019acte de culte parfait, agr\u00e9able au P\u00e8re, le seul v\u00e9ritable acte de culte. Quelques heures seulement apr\u00e8s la C\u00e8ne, les Ap\u00f4tres auraient pu voir dans la croix de J\u00e9sus, s\u2019ils avaient pu en supporter le poids, ce que signifiait : \u00ab corps offert \u00bb, \u00ab sang vers\u00e9 \u00bb. C\u2019est de cela que nous faisons m\u00e9moire dans chaque Eucharistie. Lorsque le Ressuscit\u00e9 revient d\u2019entre les morts pour rompre le pain pour les disciples d\u2019Emma\u00fcs, et pour ses disciples qui \u00e9taient retourn\u00e9s p\u00eacher des poissons et non des hommes sur la mer de Galil\u00e9e, ce geste ouvre leurs yeux, les gu\u00e9rit de l\u2019aveuglement inflig\u00e9 par l\u2019horreur de la croix, et les rend capables de \u00ab voir \u00bb le Ressuscit\u00e9, de croire en la R\u00e9surrection.<\/p>\n<p><b>8.\u00a0<\/b>Si nous \u00e9tions arriv\u00e9s d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre \u00e0 J\u00e9rusalem apr\u00e8s la Pentec\u00f4te et que nous avions ressenti le d\u00e9sir non seulement d\u2019avoir des informations sur J\u00e9sus de Nazareth, mais plut\u00f4t le d\u00e9sir de pouvoir encore le rencontrer, nous n\u2019aurions eu d\u2019autre possibilit\u00e9 que celle de rechercher ses disciples pour entendre ses paroles et voir ses gestes, plus vivants que jamais. Nous n\u2019aurions pas d\u2019autre possibilit\u00e9 de vraie rencontre avec Lui que celle de la communaut\u00e9 qui c\u00e9l\u00e8bre. C\u2019est pourquoi l\u2019\u00c9glise a toujours prot\u00e9g\u00e9 comme son tr\u00e9sor le plus pr\u00e9cieux le commandement du Seigneur : \u00ab Faites ceci en m\u00e9moire de moi \u00bb.<\/p>\n<p><b>9.<\/b>\u00a0D\u00e8s le d\u00e9but, l\u2019\u00c9glise \u00e9tait consciente qu\u2019il ne s\u2019agissait pas d\u2019une repr\u00e9sentation, aussi sacr\u00e9e soit-elle, de la C\u00e8ne du Seigneur. Cela n\u2019aurait eu aucun sens, et personne n\u2019aurait pu penser \u00e0 \u00ab mettre en sc\u00e8ne \u00bb \u2014 surtout devant les yeux de Marie, la M\u00e8re du Seigneur \u2014 ce moment le plus \u00e9lev\u00e9 de la vie du Ma\u00eetre. D\u00e8s le d\u00e9but, l\u2019\u00c9glise avait compris, \u00e9clair\u00e9e par l\u2019Esprit Saint, que ce qui, de J\u00e9sus, \u00e9tait visible, ce qui pouvait \u00eatre vu avec les yeux et touch\u00e9 avec les mains, ses paroles et ses gestes, le caract\u00e8re concret du Verbe incarn\u00e9, tout de Lui \u00e9tait pass\u00e9 dans la c\u00e9l\u00e9bration des sacrements\u00a0<a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p><i>La Liturgie : lieu de la rencontre avec le Christ<\/i><\/p>\n<p><b>10.<\/b>\u00a0C\u2019est l\u00e0 que r\u00e9side toute la puissante beaut\u00e9 de la liturgie. Si la R\u00e9surrection \u00e9tait pour nous un concept, une id\u00e9e, une pens\u00e9e ; si le Ressuscit\u00e9 \u00e9tait pour nous le souvenir du souvenir d\u2019autres personnes, m\u00eame si elles faisaient autorit\u00e9, comme par exemple les Ap\u00f4tres ; s\u2019il ne nous \u00e9tait pas donn\u00e9, \u00e0 nous aussi, la possibilit\u00e9 d\u2019une vraie rencontre avec Lui, ce serait comme d\u00e9clarer \u00e9puis\u00e9e la nouveaut\u00e9 du Verbe fait chair. Au contraire, l\u2019Incarnation, en plus d\u2019\u00eatre le seul \u00e9v\u00e9nement nouveau que l\u2019histoire connaisse, est aussi la m\u00e9thode m\u00eame que la Sainte Trinit\u00e9 a choisie pour nous ouvrir le chemin de la communion. La foi chr\u00e9tienne est soit une rencontre avec Lui vivant, soit elle n\u2019existe pas.<\/p>\n<p><b>11.<\/b>\u00a0La liturgie nous garantit la possibilit\u00e9 d\u2019une telle rencontre. Un vague souvenir de la Derni\u00e8re C\u00e8ne ne nous servirait \u00e0 rien. Nous avons besoin d\u2019\u00eatre pr\u00e9sents \u00e0 ce repas, de pouvoir entendre sa voix, de manger son Corps et de boire son Sang. Nous avons besoin de Lui. Dans l\u2019Eucharistie et dans tous les Sacrements, nous avons la garantie de pouvoir rencontrer le Seigneur J\u00e9sus et d\u2019\u00eatre atteints par la puissance de son Myst\u00e8re Pascal. La puissance salvatrice du sacrifice de J\u00e9sus, de chacune de ses paroles, de chacun de ses gestes, de chacun de ses regards, de chacun de ses sentiments, nous parvient \u00e0 travers la c\u00e9l\u00e9bration des sacrements. Je suis Nicod\u00e8me et la Samaritaine au puits, l\u2019homme poss\u00e9d\u00e9 par des d\u00e9mons \u00e0 Capharna\u00fcm et le paralytique dans la maison de Pierre, la femme p\u00e9cheresse pardonn\u00e9e et la femme afflig\u00e9e d\u2019h\u00e9morragies, la fille de Ja\u00efre et l\u2019aveugle de J\u00e9richo, Zach\u00e9e et Lazare, le bon larron et Pierre pardonn\u00e9s. Le Seigneur J\u00e9sus,\u00a0<i>immol\u00e9, a vaincu la mort ; mis \u00e0 mort, il est toujours vivant ;<\/i>\u00a0<a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>\u00a0il continue \u00e0 nous pardonner, \u00e0 nous gu\u00e9rir, \u00e0 nous sauver avec la puissance des Sacrements. C\u2019est la mani\u00e8re concr\u00e8te, par le biais de l\u2019incarnation, dont il nous aime. C\u2019est la mani\u00e8re dont \u00e9tanche la soif qu\u2019il a de nous, comme il l\u2019avait d\u00e9clar\u00e9 sur la croix (Jn 19,28).<\/p>\n<p><b>12.<\/b>\u00a0Notre premi\u00e8re rencontre avec sa P\u00e2que est l\u2019\u00e9v\u00e9nement qui marque la vie de nous tous, croyants dans le Christ : notre bapt\u00eame. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une adh\u00e9sion intellectuelle \u00e0 sa pens\u00e9e ni de l\u2019acceptation d\u2019un code de conduite impos\u00e9 par Lui. Il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019\u00eatre plong\u00e9 dans sa passion, sa mort, sa r\u00e9surrection et son ascension. Il ne s\u2019agit pas d\u2019un geste magique. La magie est \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de la logique des sacrements car elle pr\u00e9tend avoir un pouvoir sur Dieu, et pour cette raison elle vient du Tentateur. En parfaite continuit\u00e9 avec l\u2019Incarnation, en vertu de la pr\u00e9sence et de l\u2019action de l\u2019Esprit, la possibilit\u00e9 de mourir et de ressusciter dans le Christ nous est donn\u00e9e.<\/p>\n<p><b>13.<\/b>\u00a0La mani\u00e8re dont cela se passe est \u00e9mouvante. La pri\u00e8re pour la b\u00e9n\u00e9diction de l\u2019eau baptismale\u00a0<a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>\u00a0nous r\u00e9v\u00e8le que Dieu a cr\u00e9\u00e9 l\u2019eau pr\u00e9cis\u00e9ment en pensant au Bapt\u00eame. Cela signifie que lorsque Dieu a cr\u00e9\u00e9 l\u2019eau, il pensait au Bapt\u00eame de chacun d\u2019entre nous, et cette pens\u00e9e l\u2019a accompagn\u00e9 tout au long de son action dans l\u2019histoire du salut, chaque fois que, avec un dessein pr\u00e9cis, il a voulu se servir de l\u2019eau. C\u2019est comme si, apr\u00e8s l\u2019avoir cr\u00e9\u00e9e, il voulait la perfectionner pour en faire l\u2019eau du bapt\u00eame. C\u2019est ainsi qu\u2019il a voulu la remplir du mouvement de son Esprit planant sur la surface des eaux (cf. Gn 1, 2) afin qu\u2019elle contienne en germe le pouvoir de sanctifier ; il s\u2019en est servi pour r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer l\u2019humanit\u00e9 lors du D\u00e9luge (cf. Gn 6,1\u20139,29) ; il l\u2019a domin\u00e9e en la s\u00e9parant pour ouvrir un chemin de lib\u00e9ration dans la Mer Rouge (cf. Ex 14) ; il l\u2019a consacr\u00e9e dans le Jourdain en immergeant la chair du Verbe impr\u00e9gn\u00e9e de l\u2019Esprit (cf. Mt 3,13-17 ; Mc 1,9-11 ; Lc 3,21-22). Enfin, il l\u2019a m\u00e9lang\u00e9e au sang de son Fils, don de l\u2019Esprit ins\u00e9parablement uni au don de la vie et de la mort de l\u2019Agneau immol\u00e9 pour nous, et de son c\u00f4t\u00e9 transperc\u00e9 il l\u2019a r\u00e9pandue sur nous (Jn 19,34). C\u2019est dans cette eau que nous avons \u00e9t\u00e9 immerg\u00e9s afin que, par sa puissance, nous puissions \u00eatre greff\u00e9s dans le Corps du Christ et qu\u2019avec Lui, nous ressuscitions \u00e0 la vie immortelle (cf. Rm 6, 1-11).<\/p>\n<p><i>L\u2019\u00c9glise : sacrement du Corps du Christ<\/i><\/p>\n<p><b>14.\u00a0<\/b>Comme nous l\u2019a rappel\u00e9 le Concile Vatican II (cf.\u00a0<i><a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/archive\/hist_councils\/ii_vatican_council\/documents\/vat-ii_const_19631204_sacrosanctum-concilium_fr.html\">Sacrosanctum Concilium<\/a><\/i>, n. 5) en citant l\u2019\u00c9criture, les P\u00e8res et la Liturgie \u2013 les piliers de la Tradition authentique \u2013\u00a0<i>c\u2019est du c\u00f4t\u00e9 du Christ endormi sur la croix qu\u2019est n\u00e9 l\u2019admirable sacrement de toute l\u2019\u00c9glise<\/i>\u00a0<a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Le parall\u00e8le entre le premier et le nouvel Adam est \u00e9tonnant : de m\u00eame que du c\u00f4t\u00e9 du premier Adam, apr\u00e8s l\u2019avoir plong\u00e9 dans un profond sommeil, Dieu a tir\u00e9 Eve, de m\u00eame du c\u00f4t\u00e9 du nouvel Adam, endormi dans le sommeil de la mort sur la croix, na\u00eet la nouvelle Eve, l\u2019Eglise. L\u2019\u00e9tonnement, pour nous, r\u00e9side dans les paroles que nous pouvons imaginer que le nouvel Adam s\u2019est appropri\u00e9es en regardant l\u2019\u00c9glise : \u00ab Cette fois, c\u2019est l\u2019os de mes os, la chair de ma chair \u00bb (Gn 2,23). Pour avoir cru en sa Parole et \u00eatre descendus dans les eaux du bapt\u00eame, nous sommes devenus l\u2019os de ses os et la chair de sa chair.<\/p>\n<p><b>15.<\/b>\u00a0Sans cette incorporation, il n\u2019y a aucune possibilit\u00e9 de vivre la pl\u00e9nitude du culte rendu \u00e0 Dieu. En effet, il n\u2019y a qu\u2019un seul acte de culte parfait et agr\u00e9able au P\u00e8re, \u00e0 savoir l\u2019ob\u00e9issance du Fils dont la mesure est sa mort sur la croix. La seule fa\u00e7on de participer \u00e0 son offrande est de devenir des \u00ab fils dans le Fils \u00bb. C\u2019est le don que nous avons re\u00e7u. Le sujet qui agit dans la Liturgie est toujours et uniquement le Christ-\u00c9glise, le Corps mystique du Christ.<\/p>\n<p><i>Le sens th\u00e9ologique de la Liturgie<\/i><\/p>\n<p><b>16.\u00a0<\/b>Nous devons au Concile \u2013 et au mouvement liturgique qui l\u2019a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u2013 la red\u00e9couverte d\u2019une compr\u00e9hension th\u00e9ologique de la Liturgie et de son importance dans la vie de l\u2019Eglise. De m\u00eame que les principes g\u00e9n\u00e9raux \u00e9nonc\u00e9s dans\u00a0<i><a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/archive\/hist_councils\/ii_vatican_council\/documents\/vat-ii_const_19631204_sacrosanctum-concilium_fr.html\">Sacrosanctum Concilium<\/a><\/i>\u00a0ont \u00e9t\u00e9 fondamentaux pour la r\u00e9forme de la liturgie, ils continuent \u00e0 l\u2019\u00eatre pour la promotion de cette c\u00e9l\u00e9bration pleine, consciente, active et f\u00e9conde (cf.\u00a0<i><a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/archive\/hist_councils\/ii_vatican_council\/documents\/vat-ii_const_19631204_sacrosanctum-concilium_fr.html\">Sacrosanctum Concilium<\/a><\/i>\u00a0nn.11.14), la Liturgie \u00e9tant la \u00ab source premi\u00e8re et indispensable \u00e0 laquelle les fid\u00e8les peuvent puiser l\u2019authentique esprit chr\u00e9tien \u00bb (\u00a0<i><a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/archive\/hist_councils\/ii_vatican_council\/documents\/vat-ii_const_19631204_sacrosanctum-concilium_fr.html\">Sacrosanctum Concilium<\/a><\/i>, n.14). Par cette lettre, je voudrais simplement inviter toute l\u2019\u00c9glise \u00e0 red\u00e9couvrir, \u00e0 sauvegarder et \u00e0 vivre la v\u00e9rit\u00e9 et la force de la c\u00e9l\u00e9bration chr\u00e9tienne. Je voudrais que la beaut\u00e9 de la c\u00e9l\u00e9bration chr\u00e9tienne et ses cons\u00e9quences n\u00e9cessaires dans la vie de l\u2019\u00c9glise ne soient pas d\u00e9figur\u00e9es par une compr\u00e9hension superficielle et r\u00e9ductrice de sa valeur ou, pire encore, par son instrumentalisation au service d\u2019une vision id\u00e9ologique, quelle qu\u2019elle soit. La pri\u00e8re sacerdotale de J\u00e9sus \u00e0 la derni\u00e8re C\u00e8ne pour que tous soient un (Jn 17,21), juge toutes nos divisions autour du Pain rompu, sacrement de pi\u00e9t\u00e9, signe d\u2019unit\u00e9, lien de charit\u00e9\u00a0<a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p><i>La Liturgie : un antidote contre le venin de la mondanit\u00e9 spirituelle<\/i><\/p>\n<p><b>17.<\/b>\u00a0J\u2019ai mis en garde \u00e0 plusieurs reprises contre une tentation dangereuse pour la vie de l\u2019\u00c9glise, la \u00ab mondanit\u00e9 spirituelle \u00bb. J\u2019en ai longuement parl\u00e9 dans l\u2019Exhortation\u00a0<i><a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_exhortations\/documents\/papa-francesco_esortazione-ap_20131124_evangelii-gaudium.html#Non_%C3%A0_la_mondanit%C3%A9_spirituelle\">Evangelii gaudium<\/a><\/i>\u00a0(n\u00b0 93-97), en identifiant le gnosticisme et le n\u00e9o-p\u00e9lagianisme comme les deux modes reli\u00e9s entre eux qui alimentent cette mondanit\u00e9 spirituelle.<\/p>\n<p>Le premier r\u00e9duit la foi chr\u00e9tienne \u00e0 un subjectivisme qui enferme l\u2019individu \u00ab dans l\u2019immanence de sa propre raison ou de ses propres sentiments \u00bb (<i><a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_exhortations\/documents\/papa-francesco_esortazione-ap_20131124_evangelii-gaudium.html#Non_%C3%A0_la_mondanit%C3%A9_spirituelle\">Evangelii gaudium<\/a><\/i>, n. 94).<\/p>\n<p>Le second annule la valeur de la gr\u00e2ce pour ne compter que sur ses propres forces, donnant lieu \u00e0 \u00ab un \u00e9litisme narcissique et autoritaire o\u00f9, au lieu d\u2019\u00e9vang\u00e9liser, on analyse et on classe les autres, et au lieu de faciliter l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la gr\u00e2ce, on consomme de l\u2019\u00e9nergie \u00e0 contr\u00f4ler \u00bb (<i><a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_exhortations\/documents\/papa-francesco_esortazione-ap_20131124_evangelii-gaudium.html#Non_%C3%A0_la_mondanit%C3%A9_spirituelle\">Evangelii gaudium<\/a><\/i>, n. 94).<\/p>\n<p>Ces formes d\u00e9form\u00e9es de christianisme peuvent avoir des cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses pour la vie de l\u2019\u00c9glise.<\/p>\n<p><b>18.<\/b>\u00a0Il est \u00e9vident, d\u2019apr\u00e8s ce que j\u2019ai rappel\u00e9 ci-dessus, que la Liturgie est, par sa nature m\u00eame, l\u2019antidote le plus efficace contre ces poisons. Je parle \u00e9videmment de la Liturgie dans son sens th\u00e9ologique et certainement pas \u2013 Pie XII l\u2019a d\u00e9j\u00e0 dit \u2013\u00a0<i>comme un c\u00e9r\u00e9monial d\u00e9coratif ou une simple somme de lois et de pr\u00e9ceptes r\u00e9glant le culte<\/i>\u00a0<a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p><b>19.<\/b>\u00a0Si le gnosticisme nous intoxique avec le poison du subjectivisme, la c\u00e9l\u00e9bration liturgique nous lib\u00e8re de la prison d\u2019une autor\u00e9f\u00e9rentialit\u00e9 nourrie par son propre raisonnement et par le sentiment, L\u2019action c\u00e9l\u00e9brative n\u2019appartient pas \u00e0 l\u2019individu mais au Christ-Eglise, \u00e0 la totalit\u00e9 des fid\u00e8les unis dans le Christ. La liturgie ne dit pas \u00ab je \u00bb mais \u00ab nous \u00bb et toute limitation de l\u2019\u00e9tendue de ce \u00ab nous \u00bb est toujours d\u00e9moniaque. La Liturgie ne nous laisse pas seuls \u00e0 la recherche d\u2019une connaissance individuelle pr\u00e9sum\u00e9e du myst\u00e8re de Dieu, mais nous prend par la main, ensemble, en assembl\u00e9e, pour nous conduire dans le myst\u00e8re que la Parole et les signes sacramentels nous r\u00e9v\u00e8lent. Et elle le fait en coh\u00e9rence avec l\u2019action de Dieu, en suivant le chemin de l\u2019incarnation, \u00e0 travers le langage symbolique du corps qui se prolonge dans les choses, l\u2019espace et le temps.<\/p>\n<p><b>20.<\/b>\u00a0Si le n\u00e9o-p\u00e9lagianisme nous enivre de la pr\u00e9somption d\u2019un salut gagn\u00e9 par nos propres efforts, la c\u00e9l\u00e9bration liturgique nous purifie en proclamant la gratuit\u00e9 du don du salut re\u00e7u dans la foi. Participer au sacrifice eucharistique n\u2019est pas un exploit personnel, comme si nous pouvions nous en vanter devant Dieu ou devant nos fr\u00e8res et s\u0153urs. Le d\u00e9but de chaque c\u00e9l\u00e9bration me rappelle qui je suis, en me demandant de confesser mon p\u00e9ch\u00e9 et en m\u2019invitant \u00e0 supplier la bienheureuse Vierge Marie, les anges, les saints et tous mes fr\u00e8res et s\u0153urs, de prier pour moi le Seigneur : nous ne sommes certainement pas dignes d\u2019entrer dans sa maison, nous avons besoin de sa parole pour \u00eatre sauv\u00e9s (cf. Mt 8,8). Nous n\u2019avons pas d\u2019autre fiert\u00e9 que celle de la croix de notre Seigneur J\u00e9sus-Christ (cf. Ga 6,14). La Liturgie n\u2019a rien \u00e0 voir avec un moralisme asc\u00e9tique : c\u2019est le don de la P\u00e2que du Seigneur qui, accueilli avec docilit\u00e9, rend notre vie nouvelle. On n\u2019entre dans le c\u00e9nacle que par la force d\u2019attraction de son d\u00e9sir de manger la P\u00e2que avec nous :<i>\u00a0Desiderio desideravi hoc Pascha manducare vobiscum, antequam patiar<\/i>\u00a0(Lc 22,15).<\/p>\n<p><i>Red\u00e9couvrir chaque jour la beaut\u00e9 de la v\u00e9rit\u00e9 de la c\u00e9l\u00e9bration chr\u00e9tienne<\/i><\/p>\n<p><b>21.<\/b>\u00a0Mais nous devons faire attention : pour que l\u2019antidote de la Liturgie soit efficace, il nous est demand\u00e9 de red\u00e9couvrir chaque jour la beaut\u00e9 de la v\u00e9rit\u00e9 de la c\u00e9l\u00e9bration chr\u00e9tienne. Je me r\u00e9f\u00e8re encore une fois au sens th\u00e9ologique, comme l\u2019a admirablement d\u00e9crit le n\u00b0 7 de\u00a0<i><a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/archive\/hist_councils\/ii_vatican_council\/documents\/vat-ii_const_19631204_sacrosanctum-concilium_fr.html\">Sacrosanctum Concilium<\/a>\u00a0<\/i>: la Liturgie est le sacerdoce du Christ r\u00e9v\u00e9l\u00e9 et donn\u00e9 dans son Myst\u00e8re Pascal, rendu pr\u00e9sent et actif aujourd\u2019hui par des signes sensibles (eau, huile, pain, vin, gestes, paroles) afin que l\u2019Esprit, en nous plongeant dans le myst\u00e8re pascal, transforme toute notre vie, nous conformant toujours plus au Christ.<\/p>\n<p><b>22.<\/b>\u00a0La red\u00e9couverte continuelle de la beaut\u00e9 de la liturgie n\u2019est pas la poursuite d\u2019un esth\u00e9tisme rituel qui ne prend plaisir qu\u2019\u00e0 soigner la formalit\u00e9 ext\u00e9rieure d\u2019un rite ou se satisfait d\u2019une scrupuleuse observance des rubriques. Il va de soi que cette affirmation ne vise nullement \u00e0 approuver l\u2019attitude oppos\u00e9e qui confond la simplicit\u00e9 avec une banalit\u00e9 d\u00e9braill\u00e9e, l\u2019essentialit\u00e9 avec une superficialit\u00e9 ignorante, ou le caract\u00e8re concret de l\u2019action rituelle avec un fonctionnalisme pratique exasp\u00e9rant.<\/p>\n<p><b>23.\u00a0<\/b>Soyons clairs : tous les aspects de la c\u00e9l\u00e9bration doivent \u00eatre soign\u00e9s (espace, temps, gestes, paroles, objets, v\u00eatements, chant, musique, &#8230;) et toutes les rubriques doivent \u00eatre respect\u00e9es : une telle attention suffirait \u00e0 ne pas priver l\u2019assembl\u00e9e de ce qui lui est d\u00fb, c\u2019est-\u00e0-dire le myst\u00e8re pascal c\u00e9l\u00e9br\u00e9 selon le rituel \u00e9tabli par l\u2019\u00c9glise. Mais m\u00eame si la qualit\u00e9 et le bon d\u00e9roulement de la c\u00e9l\u00e9bration \u00e9taient garantis, cela ne suffirait pas pour que notre participation soit pleine et enti\u00e8re.<\/p>\n<p><i>L\u2019\u00e9merveillement devant le myst\u00e8re pascal : \u00e9l\u00e9ment essentiel de l\u2019acte liturgique<\/i><\/p>\n<p><b>24.\u00a0<\/b>Si notre \u00e9merveillement pour le myst\u00e8re pascal rendu pr\u00e9sent dans le caract\u00e8re concret des signes sacramentels venait \u00e0 manquer, nous risquerions vraiment d\u2019\u00eatre imperm\u00e9ables \u00e0 l\u2019oc\u00e9an de gr\u00e2ce qui inonde chaque c\u00e9l\u00e9bration. Les efforts, certes louables, pour am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de la c\u00e9l\u00e9bration ne suffisent pas, pas plus que l\u2019appel \u00e0 une plus grande int\u00e9riorit\u00e9 : m\u00eame cette derni\u00e8re court le risque d\u2019\u00eatre r\u00e9duite \u00e0 une subjectivit\u00e9 vide si elle n\u2019accueille pas la r\u00e9v\u00e9lation du myst\u00e8re chr\u00e9tien. La rencontre avec Dieu n\u2019est pas le fruit d\u2019une recherche int\u00e9rieure individuelle, mais un \u00e9v\u00e9nement donn\u00e9 : nous pouvons rencontrer Dieu \u00e0 travers le fait nouveau de l\u2019Incarnation qui, dans la derni\u00e8re C\u00e8ne, va jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9sirer \u00eatre mang\u00e9 par nous. Comment la disgr\u00e2ce de perdre la fascination de la beaut\u00e9 de ce don pourrait-elle nous arriver ?<\/p>\n<p><b>25.<\/b>\u00a0Quand je parle d\u2019\u00e9merveillement devant le Myst\u00e8re pascal, je n\u2019entends nullement ce que me semble parfois exprimer l\u2019expression vague de \u00ab sens du myst\u00e8re \u00bb. C\u2019est parfois l\u2019une des principales accusations port\u00e9es contre la r\u00e9forme liturgique. On dit que le sens du myst\u00e8re a \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9 de la c\u00e9l\u00e9bration. L\u2019\u00e9merveillement dont je parle n\u2019est pas une sorte de d\u00e9sarroi devant une r\u00e9alit\u00e9 obscure ou un rite \u00e9nigmatique, mais c\u2019est, au contraire, l\u2019\u00e9merveillement devant le fait que le dessein salvifique de Dieu nous a \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 dans la P\u00e2que de J\u00e9sus (cf. Ep 1, 3-14) dont l\u2019efficacit\u00e9 continue \u00e0 nous atteindre dans la c\u00e9l\u00e9bration des \u00ab myst\u00e8res \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire des sacrements. Il n\u2019en reste pas moins vrai que la pl\u00e9nitude de la r\u00e9v\u00e9lation a, par rapport \u00e0 notre finitude humaine, une abondance qui nous transcende et qui aura son accomplissement \u00e0 la fin des temps, lorsque le Seigneur reviendra. Si l\u2019\u00e9merveillement est vrai, il n\u2019y a aucun risque que nous ne percevions pas, m\u00eame dans la proximit\u00e9 voulue par l\u2019Incarnation, l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 de la pr\u00e9sence de Dieu. Si la r\u00e9forme avait \u00e9limin\u00e9 ce vague \u00ab sens du myst\u00e8re \u00bb, ce serait un m\u00e9rite plut\u00f4t qu\u2019une accusation fond\u00e9e. La beaut\u00e9, tout comme la v\u00e9rit\u00e9, suscite toujours l\u2019admiration et, lorsqu\u2019elle est rapport\u00e9e au myst\u00e8re de Dieu, elle conduit \u00e0 l\u2019adoration.<\/p>\n<p><b>26.<\/b>\u00a0L\u2019\u00e9merveillement est une partie essentielle de l\u2019acte liturgique car c\u2019est l\u2019attitude de ceux qui se savent confront\u00e9s \u00e0 la particularit\u00e9 des gestes symboliques ; c\u2019est l\u2019\u00e9merveillement de celui qui fait l\u2019exp\u00e9rience de la puissance du symbole, qui ne consiste pas \u00e0 se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 un concept abstrait mais \u00e0 contenir et \u00e0 exprimer dans sa concr\u00e9tude m\u00eame ce qu\u2019il signifie.<\/p>\n<p><i>La n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une formation liturgique s\u00e9rieuse et vitale<\/i><\/p>\n<p><b>27.<\/b>\u00a0La question fondamentale est donc la suivante : comment retrouver la capacit\u00e9 de vivre pleinement l\u2019action liturgique ? Tel \u00e9tait l\u2019objectif de la r\u00e9forme du Concile. Le d\u00e9fi est tr\u00e8s exigeant car l\u2019homme moderne \u2013 pas dans toutes les cultures au m\u00eame degr\u00e9 \u2013 a perdu la capacit\u00e9 de s\u2019engager dans l\u2019action symbolique qui est une caract\u00e9ristique essentielle de l\u2019acte liturgique.<\/p>\n<p><b>28.<\/b>\u00a0Dans la postmodernit\u00e9, l\u2019homme se sent encore plus perdu, sans r\u00e9f\u00e9rences d\u2019aucune sorte, priv\u00e9 de valeurs parce qu\u2019elles sont devenues indiff\u00e9rentes, orphelin de tout, dans une fragmentation o\u00f9 un horizon de sens semble impossible. Cette postmodernit\u00e9 reste encore accabl\u00e9e par le lourd h\u00e9ritage que nous a laiss\u00e9 l\u2019\u00e9poque pr\u00e9c\u00e9dente, fait d\u2019individualisme et de subjectivisme (qui rappellent \u00e0 nouveau le p\u00e9lagianisme et le gnosticisme). Elle consiste aussi en un spiritualisme abstrait qui contredit la nature humaine elle-m\u00eame, car la personne humaine est un esprit incarn\u00e9 et donc, en tant que tel, capable d\u2019action et de compr\u00e9hension symboliques.<\/p>\n<p><b>29.<\/b>\u00a0C\u2019est avec cette r\u00e9alit\u00e9 du monde moderne que l\u2019\u00c9glise, r\u00e9unie en Concile, a voulu se confronter, en r\u00e9affirmant sa conscience d\u2019\u00eatre le sacrement du Christ, la\u00a0<i>lumi\u00e8re des nations (<a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/archive\/hist_councils\/ii_vatican_council\/documents\/vat-ii_const_19641121_lumen-gentium_fr.html\">Lumen Gentium<\/a>)<\/i>, en se mettant religieusement \u00e0 l\u2019\u00e9coute de la\u00a0<i>parole de Dieu (<a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/archive\/hist_councils\/ii_vatican_council\/documents\/vat-ii_const_19651118_dei-verbum_fr.html\">Dei Verbum<\/a>)<\/i>\u00a0et en reconnaissant comme siennes\u00a0<i>les joies et les esp\u00e9rances (Gaudium et spes)<\/i>\u00a0des hommes d\u2019aujourd\u2019hui. Les grandes Constitutions conciliaires sont ins\u00e9parables, et ce n\u2019est pas un hasard si cet immense effort de r\u00e9flexion du Concile \u0153cum\u00e9nique \u2013 qui est la plus haute expression de la synodalit\u00e9 dans l\u2019\u00c9glise et dont je suis appel\u00e9, avec vous tous, \u00e0 \u00eatre le gardien de la richesse \u2013 a commenc\u00e9 par une r\u00e9flexion sur la Liturgie\u00a0<i>(<a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/archive\/hist_councils\/ii_vatican_council\/documents\/vat-ii_const_19631204_sacrosanctum-concilium_fr.html\">Sacrosanctum Concilium<\/a>)<\/i>.<\/p>\n<p><b>30.<\/b>\u00a0En cl\u00f4turant la deuxi\u00e8me session du Concile (le 4 d\u00e9cembre 1963), saint Paul VI s\u2019est exprim\u00e9 ainsi :<\/p>\n<p>\u00ab Cette discussion passionn\u00e9e et complexe n\u2019a d\u2019ailleurs pas \u00e9t\u00e9 sans fruits abondants : en effet, le sujet qui a \u00e9t\u00e9 abord\u00e9 en premier lieu et qui, en un certain sens, est pr\u00e9\u00e9minent dans l\u2019\u00c9glise, tant par sa nature que par sa dignit\u00e9 \u2013 Nous voulons parler de la sainte Liturgie \u2013 a trouv\u00e9 une heureuse conclusion et il est aujourd\u2019hui promulgu\u00e9 par Nous avec un rite solennel. Notre esprit exulte donc avec une joie v\u00e9ritable, car dans la mani\u00e8re dont les choses se sont pass\u00e9es, Nous constatons le respect d\u2019une juste \u00e9chelle des valeurs et des devoirs. Dieu doit occuper la premi\u00e8re place ; la pri\u00e8re envers Lui est notre premier devoir. La Liturgie est la premi\u00e8re source de communion divine dans laquelle Dieu partage sa propre vie avec nous. Elle est aussi la premi\u00e8re \u00e9cole de la vie spirituelle. La Liturgie est le premier don que nous devons faire au peuple chr\u00e9tien uni \u00e0 nous par la foi et la ferveur de ses pri\u00e8res. C\u2019est enfin la premi\u00e8re invitation faite au genre humain, afin que se d\u00e9lie sa langue muette pour que s\u2019\u00e9l\u00e8ve une pri\u00e8re sainte et sinc\u00e8re et qu\u2019elle fasse l&#8217;exp\u00e9rience de cette force indescriptible et r\u00e9g\u00e9n\u00e9ratrice qui se trouve lorsqu\u2019ils se joignent \u00e0 nous pour proclamer les louanges de Dieu et les espoirs du c\u0153ur humain par J\u00e9sus-Christ et dans l\u2019Esprit Saint \u00bb.\u00a0<a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a><\/p>\n<p><b>31.\u00a0<\/b>Dans cette lettre, je ne peux pas m\u2019attarder avec vous sur la richesse des diverses expressions de ce passage, que je laisse \u00e0 votre m\u00e9ditation. Si la liturgie est \u00ab le sommet vers lequel tend l\u2019action de l\u2019\u00c9glise et, en m\u00eame temps, la source d\u2019o\u00f9 d\u00e9coule toute son \u00e9nergie \u00bb (<i><a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/archive\/hist_councils\/ii_vatican_council\/documents\/vat-ii_const_19631204_sacrosanctum-concilium_fr.html\">Sacrosanctum Concilium<\/a><\/i>, n.10), alors on comprend bien l\u2019enjeu de la question liturgique. Il serait banal de consid\u00e9rer les tensions, malheureusement pr\u00e9sentes autour de la c\u00e9l\u00e9bration, comme une simple divergence entre diff\u00e9rentes sensibilit\u00e9s envers une forme rituelle. La probl\u00e9matique est avant tout eccl\u00e9siologique. Je ne vois pas comment on peut dire que l\u2019on reconna\u00eet la validit\u00e9 du Concile \u2013 encore que je m\u2019\u00e9tonne qu\u2019un catholique puisse pr\u00e9tendre ne pas le faire \u2013 et ne pas accepter la r\u00e9forme liturgique n\u00e9e de\u00a0<i><a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/archive\/hist_councils\/ii_vatican_council\/documents\/vat-ii_const_19631204_sacrosanctum-concilium_fr.html\">Sacrosanctum Concilium<\/a><\/i>, un document qui exprime la r\u00e9alit\u00e9 de la liturgie en lien intime avec la vision de l\u2019\u00c9glise admirablement d\u00e9crite par\u00a0<i><a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/archive\/hist_councils\/ii_vatican_council\/documents\/vat-ii_const_19641121_lumen-gentium_fr.html\">Lumen Gentium<\/a><\/i>. Pour cette raison \u2013 comme je l\u2019ai expliqu\u00e9 dans la lettre envoy\u00e9e \u00e0 tous les \u00e9v\u00eaques \u2013 j\u2019ai estim\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait de mon devoir d\u2019affirmer que \u00ab les livres liturgiques promulgu\u00e9s par les Saints Pontifes Paul VI et Jean-Paul II, conform\u00e9ment aux d\u00e9crets du Concile Vatican II, sont l\u2019unique expression de la\u00a0<i>lex orandi<\/i>\u00a0du Rite romain \u00bb (Motu Proprio\u00a0<i>Traditionis custodes<\/i>, art. 1).<\/p>\n<p>La non-acceptation de la r\u00e9forme, ainsi qu\u2019une compr\u00e9hension superficielle de celle-ci, nous d\u00e9tournent de la t\u00e2che de trouver les r\u00e9ponses \u00e0 la question que je r\u00e9p\u00e8te : comment pouvons-nous grandir dans la capacit\u00e9 de vivre pleinement l\u2019action liturgique? Comment continuer \u00e0 nous laisser surprendre par ce qui se passe dans la c\u00e9l\u00e9bration sous nos yeux? Nous avons besoin d\u2019une formation liturgique s\u00e9rieuse et vitale.<\/p>\n<p><b>32.\u00a0<\/b>Revenons encore une fois au C\u00e9nacle de J\u00e9rusalem. Au matin de la Pentec\u00f4te na\u00eet l\u2019\u00c9glise, cellule initiale de l\u2019humanit\u00e9 nouvelle. Seule la communaut\u00e9 des hommes et des femmes &#8211; r\u00e9concili\u00e9s parce que pardonn\u00e9s, vivants parce qu\u2019Il est vivant, vrais parce qu\u2019habit\u00e9s par l\u2019Esprit de v\u00e9rit\u00e9 &#8211; peut ouvrir l\u2019espace \u00e9troit de l\u2019individualisme spirituel.<\/p>\n<p><b>33.\u00a0<\/b>C\u2019est la communaut\u00e9 de la Pentec\u00f4te qui est capable de rompre le Pain dans la certitude que le Seigneur est vivant, ressuscit\u00e9 des morts, pr\u00e9sent par sa parole, par ses gestes, par l\u2019offrande de son Corps et de son Sang. D\u00e8s lors, la c\u00e9l\u00e9bration devient le lieu privil\u00e9gi\u00e9 \u2013 quoique pas le seul \u2013 de la rencontre avec Lui. Nous savons que c\u2019est seulement par cette rencontre que l\u2019homme devient pleinement homme. Seule l\u2019\u00c9glise de la Pentec\u00f4te peut concevoir l\u2019\u00eatre humain comme une personne, ouverte \u00e0 une relation pleine et enti\u00e8re avec Dieu, avec la cr\u00e9ation et avec ses fr\u00e8res et s\u0153urs.<\/p>\n<p><b>34.\u00a0<\/b>C\u2019est ici que se pose la question d\u00e9cisive de la formation liturgique. Guardini dit : [Voici] \u00ab la premi\u00e8re t\u00e2che pratique \u00e0 accomplir: port\u00e9s par cette transformation int\u00e9rieure de notre \u00e9poque, nous devons r\u00e9apprendre \u00e0 vivre comme hommes en un rapport religieux \u00bb\u00a0<a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. C\u2019est ce que la Liturgie rend possible. Pour cela, nous devons \u00eatre form\u00e9s. Guardini lui-m\u00eame n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 affirmer que sans formation liturgique, \u00ab les r\u00e9formes des rites et des textes ne seront d\u2019aucune aide \u00bb\u00a0<a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>. Je n\u2019ai pas l\u2019intention de traiter maintenant de mani\u00e8re exhaustive le th\u00e8me tr\u00e8s riche de la formation liturgique. Je voudrais seulement proposer quelques pistes de r\u00e9flexion. Je pense que nous pouvons distinguer deux aspects : la formation pour la liturgie et la formation par la liturgie. La premi\u00e8re est fonctionnelle ; la seconde, essentielle.<\/p>\n<p><b>35.\u00a0<\/b>Il est n\u00e9cessaire de trouver les modalit\u00e9s d\u2019une formation \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la Liturgie. Depuis le d\u00e9but du mouvement liturgique, beaucoup a \u00e9t\u00e9 fait \u00e0 cet \u00e9gard, avec de pr\u00e9cieuses contributions de la part de chercheurs et d\u2019institutions acad\u00e9miques. N\u00e9anmoins, il est important aujourd\u2019hui de diffuser cette connaissance au-del\u00e0 du milieu universitaire, de mani\u00e8re accessible, afin que chaque fid\u00e8le puisse grandir dans la connaissance du sens th\u00e9ologique de la Liturgie. C\u2019est la question d\u00e9cisive, qui fonde tout type de compr\u00e9hension et toute pratique liturgique. Elle fonde \u00e9galement la c\u00e9l\u00e9bration elle-m\u00eame, en aidant tous et chacun \u00e0 acqu\u00e9rir la capacit\u00e9 de comprendre les textes euchologiques, les dynamiques rituelles et leur signification anthropologique.<\/p>\n<p><b>36.\u00a0<\/b>Je pense au rythme r\u00e9gulier de nos assembl\u00e9es qui se r\u00e9unissent pour c\u00e9l\u00e9brer l\u2019Eucharistie le jour du Seigneur, dimanche apr\u00e8s dimanche, P\u00e2ques apr\u00e8s P\u00e2ques, \u00e0 des moments particuliers de la vie des personnes et des communaut\u00e9s, \u00e0 tous les \u00e2ges de la vie. Les ministres ordonn\u00e9s accomplissent une action pastorale de premi\u00e8re importance lorsqu\u2019ils prennent par la main les fid\u00e8les baptis\u00e9s, afin de les conduire dans l\u2019exp\u00e9rience r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de la P\u00e2que. Rappelons-nous toujours que c\u2019est l\u2019\u00c9glise, le Corps du Christ, qui est le sujet c\u00e9l\u00e9brant et non pas seulement le pr\u00eatre. La connaissance qui d\u00e9coule de l\u2019\u00e9tude n\u2019est que le premier pas pour pouvoir entrer dans le myst\u00e8re c\u00e9l\u00e9br\u00e9. Il est \u00e9vident que pour pouvoir conduire leurs fr\u00e8res et s\u0153urs, les ministres qui pr\u00e9sident l\u2019assembl\u00e9e doivent conna\u00eetre le chemin en l\u2019ayant \u00e9tudi\u00e9 selon l\u2019itin\u00e9raire donn\u00e9 pour leurs \u00e9tudes th\u00e9ologiques mais aussi en ayant fr\u00e9quent\u00e9 la liturgie dans la pratique effective d\u2019une exp\u00e9rience de foi vivante, nourrie par la pri\u00e8re \u2013 et certainement pas seulement comme une obligation \u00e0 remplir. Le jour de son ordination, chaque pr\u00eatre entend l\u2019\u00e9v\u00eaque lui dire: \u00ab R\u00e9alise ce que tu vas faire, imite ce que tu vas c\u00e9l\u00e9brer, conforme ta vie au myst\u00e8re de la croix du Christ Seigneur \u00bb\u00a0<a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>.<\/p>\n<p><b>37.<\/b>\u00a0Le plan d\u2019\u00e9tudes de la Liturgie dans les s\u00e9minaires doit \u00e9galement tenir compte de l\u2019extraordinaire capacit\u00e9 qu\u2019a en elle-m\u00eame la c\u00e9l\u00e9bration actuelle d\u2019offrir une vision organique et unifi\u00e9e de tout le savoir th\u00e9ologique. Chaque discipline de la th\u00e9ologie, chacune selon sa propre perspective, doit montrer son lien intime avec la Liturgie, en vertu de laquelle se r\u00e9v\u00e8le et se r\u00e9alise l\u2019unit\u00e9 de la formation sacerdotale (cf.\u00a0<i><a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/archive\/hist_councils\/ii_vatican_council\/documents\/vat-ii_const_19631204_sacrosanctum-concilium_fr.html\">Sacrosanctum Concilium<\/a><\/i>\u00a0n.16). Une approche liturgico-sapientielle de la formation th\u00e9ologique dans les s\u00e9minaires aurait certainement aussi des effets positifs dans l\u2019action pastorale. Il n\u2019y a pas d\u2019aspect de la vie eccl\u00e9siale qui ne trouve son sommet et sa source dans la liturgie. Plus que le r\u00e9sultat de programmes \u00e9labor\u00e9s, une pratique pastorale globale, organique et int\u00e9gr\u00e9e est la cons\u00e9quence du fait de placer l\u2019Eucharistie dominicale, fondement de la communion, au centre de la vie de la communaut\u00e9. La compr\u00e9hension th\u00e9ologique de la liturgie ne permet en aucun cas de comprendre ces paroles comme si tout \u00e9tait r\u00e9duit \u00e0 l\u2019aspect cultuel. Une c\u00e9l\u00e9bration qui n\u2019\u00e9vang\u00e9lise pas n\u2019est pas authentique, de m\u00eame qu\u2019une annonce qui ne conduit pas \u00e0 une rencontre avec le Seigneur ressuscit\u00e9 dans la c\u00e9l\u00e9bration n\u2019est pas authentique. Enfin l\u2019une et l\u2019autre, sans le t\u00e9moignage de la charit\u00e9, ne sont qu\u2019un cuivre qui r\u00e9sonne, une cymbale retentissante (cf. 1 Co 13,1).<\/p>\n<p><b>38.\u00a0<\/b>Pour les ministres comme pour tous les baptis\u00e9s, la formation liturgique dans son sens premier n\u2019est pas quelque chose qui peut \u00eatre acquis une fois pour toutes. Puisque le don du myst\u00e8re c\u00e9l\u00e9br\u00e9 d\u00e9passe notre capacit\u00e9 de le conna\u00eetre, cet effort doit certainement accompagner la formation permanente de tous, avec l\u2019humilit\u00e9 des petits, l\u2019attitude qui ouvre \u00e0 l\u2019\u00e9merveillement.<\/p>\n<p><b>39.<\/b>\u00a0Une derni\u00e8re observation sur les s\u00e9minaires. En plus d\u2019un programme d\u2019\u00e9tudes, ils doivent offrir la possibilit\u00e9 de vivre une c\u00e9l\u00e9bration non seulement exemplaire du point de vue rituel, mais aussi authentique et vivante, qui permette de vivre une v\u00e9ritable communion avec Dieu, cette m\u00eame communion vers laquelle doit tendre la connaissance th\u00e9ologique. Seule l\u2019action de l\u2019Esprit peut parfaire notre connaissance du myst\u00e8re de Dieu, qui n\u2019est pas une question de compr\u00e9hension mentale mais de relation qui touche toute la vie. Cette exp\u00e9rience est fondamentale pour que les s\u00e9minaristes, une fois devenus ministres ordonn\u00e9s, puissent accompagner les communaut\u00e9s sur le m\u00eame chemin de connaissance du myst\u00e8re de Dieu, qui est le myst\u00e8re de l\u2019amour.<\/p>\n<p><b>40.\u00a0<\/b>Cette derni\u00e8re consid\u00e9ration nous am\u00e8ne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur le deuxi\u00e8me sens que nous pouvons comprendre dans l\u2019expression \u00ab formation liturgique \u00bb. Je me r\u00e9f\u00e8re au fait que nous sommes form\u00e9s, chacun selon sa vocation, \u00e0 partir de la participation \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration liturgique. M\u00eame la connaissance qui vient des \u00e9tudes, dont je parlais tout \u00e0 l\u2019heure, pour qu\u2019elle ne devienne pas une sorte de rationalisme, doit servir \u00e0 r\u00e9aliser l\u2019action formatrice de la Liturgie elle-m\u00eame en chaque croyant dans le Christ.<\/p>\n<p><b>41.\u00a0<\/b>De tout ce que nous avons dit sur la nature de la Liturgie, il appara\u00eet clairement que la connaissance du myst\u00e8re du Christ, question d\u00e9cisive pour notre vie, ne consiste pas en une assimilation purement intellectuelle d\u2019une id\u00e9e quelconque, mais en un attachement existentiel r\u00e9el \u00e0 sa personne. En ce sens, la liturgie n\u2019a pas pour objet la \u00ab connaissance \u00bb, et sa port\u00e9e n\u2019est pas essentiellement p\u00e9dagogique, m\u00eame si elle a une grande valeur p\u00e9dagogique (cf.\u00a0<i><a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/archive\/hist_councils\/ii_vatican_council\/documents\/vat-ii_const_19631204_sacrosanctum-concilium_fr.html\">Sacrosanctum Concilium<\/a><\/i>\u00a0n. 33). La liturgie est plut\u00f4t une louange, une action de gr\u00e2ce pour la P\u00e2que du Fils dont la puissance atteint nos vies. La c\u00e9l\u00e9bration concerne la r\u00e9alit\u00e9 de notre docilit\u00e9 \u00e0 l\u2019action de l\u2019Esprit qui op\u00e8re par elle jusqu\u2019\u00e0 ce que le Christ soit form\u00e9 en nous (cf. Ga 4,19). La pleine mesure de notre formation est notre conformation au Christ. Je le r\u00e9p\u00e8te : il ne s\u2019agit pas d\u2019un processus mental abstrait, mais de devenir Lui. C\u2019est dans ce but qu\u2019est donn\u00e9 l\u2019Esprit, dont l\u2019action est toujours et uniquement de fa\u00e7onner le Corps du Christ. Il en est ainsi du pain eucharistique, et de chacun des baptis\u00e9s appel\u00e9s \u00e0 devenir toujours plus ce qui a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u comme don au Bapt\u00eame, \u00e0 savoir \u00eatre membre du Corps du Christ. L\u00e9on le Grand \u00e9crit: \u00ab Notre participation au Corps et au Sang du Christ n\u2019a d\u2019autre fin que de nous faire devenir ce que nous mangeons \u00bb\u00a0<a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftn11\" name=\"_ftnref11\"><\/a>[11.]<\/p>\n<p><b>42.<\/b>\u00a0Cet engagement existentiel se produit \u2013 en continuit\u00e9 et en coh\u00e9rence avec la m\u00e9thode de l\u2019Incarnation \u2013 de mani\u00e8re sacramentelle. La liturgie se fait avec des choses qui sont l\u2019exact oppos\u00e9 des abstractions spirituelles : le pain, le vin, l\u2019huile, l\u2019eau, les parfums, le feu, les cendres, la pierre, les tissus, les couleurs, le corps, les mots, les sons, les silences, les gestes, l\u2019espace, le mouvement, l\u2019action, l\u2019ordre, le temps, la lumi\u00e8re. Toute la cr\u00e9ation est une manifestation de l\u2019amour de Dieu, et \u00e0 partir du moment o\u00f9 ce m\u00eame amour s\u2019est manifest\u00e9 dans sa pl\u00e9nitude dans la croix de J\u00e9sus, toute la cr\u00e9ation a \u00e9t\u00e9 attir\u00e9e vers lui. C\u2019est toute la cr\u00e9ation qui est assum\u00e9e pour \u00eatre mise au service de la rencontre avec le Verbe : incarn\u00e9, crucifi\u00e9, mort, ressuscit\u00e9, mont\u00e9 vers le P\u00e8re. C\u2019est ce que chantent la pri\u00e8re sur l\u2019eau des fonts baptismaux, mais aussi la pri\u00e8re sur l\u2019huile du saint chr\u00eame et les paroles pour la pr\u00e9sentation du pain et du vin \u2013 tous fruits de la terre et du travail de l\u2019homme.<\/p>\n<p><b>43.<\/b>\u00a0La liturgie rend gloire \u00e0 Dieu non pas parce que nous pouvons ajouter quelque chose \u00e0 la beaut\u00e9 de la lumi\u00e8re inaccessible dans laquelle Dieu habite. (Cf. 1Tim 6,16) Nous ne pouvons pas non plus ajouter \u00e0 la perfection du chant ang\u00e9lique qui r\u00e9sonne \u00e9ternellement dans les demeures c\u00e9lestes. La Liturgie rend gloire \u00e0 Dieu parce qu\u2019elle nous permet \u2013 ici, sur la terre \u2013 de voir Dieu dans la c\u00e9l\u00e9bration des myst\u00e8res et, en le voyant, de reprendre vie par sa P\u00e2que. Nous qui \u00e9tions morts par nos p\u00e9ch\u00e9s et qui avons \u00e9t\u00e9 rendus \u00e0 la vie avec le Christ, nous sommes la gloire de Dieu. C\u2019est par la gr\u00e2ce que nous avons \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9s (cf. Ep 2, 5). Ir\u00e9n\u00e9e,\u00a0<i>doctor unitatis<\/i>, nous le rappelle : \u00ab La gloire de Dieu est l\u2019homme vivant, et la vie de l\u2019homme consiste dans la vision de Dieu : si d\u00e9j\u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation de Dieu par la cr\u00e9ation donne la vie \u00e0 tous les \u00eatres vivant sur terre, combien plus la manifestation du P\u00e8re par le Verbe est-elle cause de la vie pour ceux qui voient Dieu ! \u00bb\u00a0<a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>.<\/p>\n<p><b>44.<\/b>\u00a0Guardini \u00e9crit : \u00ab C\u2019est ainsi que s\u2019\u00e9bauche la premi\u00e8re t\u00e2che du travail de formation liturgique: l\u2019homme doit retrouver sa puissance symbolique \u00bb.\u00a0<a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftn13\" name=\"_ftnref13\"><\/a>13]. C\u2019est une responsabilit\u00e9 pour tous, pour les ministres ordonn\u00e9s comme pour les fid\u00e8les. La t\u00e2che n\u2019est pas facile car l\u2019homme moderne est devenu analphab\u00e8te, il ne sait plus lire les symboles, il en soup\u00e7onne \u00e0 peine l\u2019existence. Cela se produit \u00e9galement avec le symbole de notre corps. Il est un symbole parce qu\u2019il est une union intime de l\u2019\u00e2me et du corps ; il est la visibilit\u00e9 de l\u2019\u00e2me spirituelle dans l\u2019ordre corporel ; et en cela consiste l\u2019unicit\u00e9 humaine, la sp\u00e9cificit\u00e9 de la personne irr\u00e9ductible \u00e0 toute autre forme d\u2019\u00eatre vivant. Notre ouverture au transcendant, \u00e0 Dieu, est constitutive : ne pas la reconna\u00eetre nous conduit in\u00e9vitablement non seulement \u00e0 une m\u00e9connaissance de Dieu mais aussi \u00e0 une m\u00e9connaissance de nous-m\u00eames. Il suffit de regarder la mani\u00e8re paradoxale dont le corps est trait\u00e9, \u00e0 un moment soign\u00e9 de mani\u00e8re presque obsessionnelle, inspir\u00e9 par le mythe de l\u2019\u00e9ternelle jeunesse, et \u00e0 un autre moment r\u00e9duisant le corps \u00e0 une mat\u00e9rialit\u00e9 \u00e0 laquelle on refuse toute dignit\u00e9. Le fait est que l\u2019on ne peut pas donner de valeur au corps en partant uniquement du corps lui-m\u00eame. Tout symbole est \u00e0 la fois puissant et fragile. S\u2019il n\u2019est pas respect\u00e9, s\u2019il n\u2019est pas trait\u00e9 pour ce qu\u2019il est, il se brise, perd sa force, devient insignifiant.<\/p>\n<p>Nous n\u2019avons plus le regard de saint Fran\u00e7ois qui regardait le soleil \u2013 qu\u2019il appelait fr\u00e8re parce qu\u2019il le sentait ainsi \u2013 le voyait\u00a0<i>bellu e radiante cum grande splendore<\/i>, et, \u00e9merveill\u00e9, chantait :\u00a0<i>de te Altissimu, porta significatione<\/i>\u00a0<a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. Le fait d\u2019avoir perdu la capacit\u00e9 de saisir la valeur symbolique du corps et de toute cr\u00e9ature rend le langage symbolique de la liturgie presque inaccessible \u00e0 la mentalit\u00e9 moderne. Et pourtant, il ne peut \u00eatre question de renoncer \u00e0 ce langage. On ne peut y renoncer parce que c\u2019est ainsi que la Sainte Trinit\u00e9 a choisi de nous atteindre \u00e0 travers la chair du Verbe. Il s\u2019agit plut\u00f4t de retrouver la capacit\u00e9 d\u2019utiliser et de comprendre les symboles de la liturgie. Nous ne devons pas perdre espoir car cette dimension en nous, comme je viens de le dire, est constitutive ; et malgr\u00e9 les m\u00e9faits du mat\u00e9rialisme et du spiritualisme \u2013 tous deux n\u00e9gateurs de l\u2019unit\u00e9 de l\u2019\u00e2me et du corps \u2013 elle est toujours pr\u00eate \u00e0 resurgir, comme toute v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p><b>45.\u00a0<\/b>Ainsi, la question que je veux poser est la suivante : comment pouvons-nous redevenir capables de symboles ? Comment pouvons-nous \u00e0 nouveau savoir les lire et \u00eatre capables de les vivre ? Nous savons bien que la c\u00e9l\u00e9bration des sacrements, par la gr\u00e2ce de Dieu, est efficace en soi (<i>ex opere operato<\/i>), mais cela ne garantit pas le plein engagement des personnes sans une mani\u00e8re ad\u00e9quate de se situer par rapport au langage de la c\u00e9l\u00e9bration. Une \u00ab lecture \u00bb symbolique n\u2019est pas une connaissance purement intellectuelle, ni l\u2019acquisition de concepts, mais plut\u00f4t une exp\u00e9rience vitale.<\/p>\n<p><b>46.\u00a0<\/b>Avant tout, nous devons retrouver la confiance dans la cr\u00e9ation. Je veux dire que les choses \u2013 les sacrements \u00ab sont faits \u00bb de choses \u2013 viennent de Dieu. C\u2019est vers Lui qu\u2019elles sont orient\u00e9es, et c\u2019est par Lui qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 assum\u00e9es, et assum\u00e9es de mani\u00e8re particuli\u00e8re dans l\u2019Incarnation, afin de devenir des instruments de salut, des v\u00e9hicules de l\u2019Esprit, des canaux de la gr\u00e2ce. En cela, il est clair que la distance est grande entre cette vision et une vision mat\u00e9rialiste ou spiritualiste. Si les choses cr\u00e9\u00e9es sont une partie si fondamentale, si essentielle, de l\u2019action sacramentelle qui r\u00e9alise notre salut, alors nous devons nous disposer en leur pr\u00e9sence avec un regard neuf, non superficiel, respectueux et reconnaissant. D\u00e8s le d\u00e9but, les choses cr\u00e9\u00e9es contiennent le germe de la gr\u00e2ce sanctifiante des sacrements.<\/p>\n<p><b>47.<\/b>\u00a0Toujours en pensant \u00e0 la mani\u00e8re dont la Liturgie nous forme, une autre question d\u00e9cisive est l\u2019\u00e9ducation n\u00e9cessaire pour pouvoir acqu\u00e9rir l\u2019attitude int\u00e9rieure qui nous permettra d\u2019utiliser et de comprendre les symboles liturgiques. Permettez-moi de l\u2019exprimer d\u2019une mani\u00e8re simple. Je pense aux parents, ou plus peut-\u00eatre, aux grands-parents, mais aussi \u00e0 nos pasteurs et cat\u00e9chistes. Beaucoup d\u2019entre nous ont appris d\u2019eux la force des gestes de la liturgie, comme, par exemple, le signe de la croix, l\u2019agenouillement, les formules de notre foi. Peut-\u00eatre n\u2019avons-nous pas de souvenir de cet apprentissage, mais nous pouvons facilement imaginer le geste d\u2019une grande main qui prend la petite main d\u2019un enfant et l\u2019accompagne lentement en tra\u00e7ant pour la premi\u00e8re fois sur son corps le signe de notre salut. Des paroles accompagnent le mouvement, elles aussi dites lentement, presque comme si elles voulaient s\u2019approprier chaque instant du geste, prendre possession de tout le corps : \u00ab Au nom du P\u00e8re&#8230; et du Fils&#8230; et du Saint-Esprit\u2026 Amen. \u00bb Et puis la main de l\u2019enfant est laiss\u00e9e seule, et on la regarde r\u00e9p\u00e9ter toute seule, avec une aide toute proche en cas de besoin. Mais ce geste est maintenant consign\u00e9, comme une habitude qui va grandir avec lui, en lui donnant un sens que seul l\u2019Esprit sait lui donner. D\u00e8s lors, ce geste, avec sa force symbolique, est \u00e0 nous, il nous appartient, ou mieux, nous lui appartenons. Il nous donne une forme. Nous sommes form\u00e9s par lui. Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de faire beaucoup de discours ici. Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019avoir tout compris dans ce geste. Ce qu\u2019il faut, c\u2019est \u00eatre petit, \u00e0 la fois en l\u2019enseignant et en le recevant. Le reste est l\u2019\u0153uvre de l\u2019Esprit. C\u2019est ainsi que nous sommes initi\u00e9s au langage symbolique. Nous ne pouvons pas nous laisser d\u00e9pouiller d\u2019une telle richesse. En grandissant, nous aurons d\u2019autres moyens de comprendre, mais toujours \u00e0 condition de rester petits.<\/p>\n<p><i>Ars celebrandi<\/i><\/p>\n<p><b>48.<\/b>\u00a0L\u2019<i>ars celebrandi<\/i>, l\u2019art de c\u00e9l\u00e9brer, est certainement l\u2019une des fa\u00e7ons de prendre soin des symboles de la liturgie et de cro\u00eetre dans une compr\u00e9hension vitale de ceux-ci. Cette expression est \u00e9galement sujette \u00e0 diff\u00e9rentes interpr\u00e9tations. Son sens devient clair si elle est comprise en r\u00e9f\u00e9rence au sens th\u00e9ologique de la Liturgie d\u00e9crit dans\u00a0<i><a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/archive\/hist_councils\/ii_vatican_council\/documents\/vat-ii_const_19631204_sacrosanctum-concilium_fr.html\">Sacrosanctum Concilium<\/a><\/i>\u00a0au n\u00b0 7 et auquel j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 plusieurs reprises. L\u2019<i>ars celebrandi<\/i>\u00a0ne peut \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 la simple observation d\u2019un syst\u00e8me de rubriques, et il faut encore moins le consid\u00e9rer comme une cr\u00e9ativit\u00e9 de l\u2019imagination \u2013 parfois sauvage \u2013 sans r\u00e8gles. Le rite est en soi une norme, et la norme n\u2019est jamais une fin en soi, mais elle est toujours au service d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 sup\u00e9rieure qu\u2019elle entend prot\u00e9ger.<\/p>\n<p><b>49.\u00a0<\/b>Comme dans tout art, l\u2019<i>ars celebrandi<\/i>\u00a0requiert diff\u00e9rents types de connaissances.<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, il faut comprendre le dynamisme qui se d\u00e9ploie \u00e0 travers la liturgie. L\u2019action de la c\u00e9l\u00e9bration est le lieu o\u00f9, par le biais du m\u00e9morial, le myst\u00e8re pascal est rendu pr\u00e9sent afin que les baptis\u00e9s, par leur participation, puissent en faire l\u2019exp\u00e9rience dans leur propre vie. Sans cette compr\u00e9hension, la c\u00e9l\u00e9bration tombe facilement dans le souci de ce qui est ext\u00e9rieur (plus ou moins raffin\u00e9) ou dans le souci des seules rubriques (plus ou moins rigides).<\/p>\n<p>Ensuite, il est n\u00e9cessaire de savoir comment l\u2019Esprit Saint agit dans chaque c\u00e9l\u00e9bration. L\u2019art de c\u00e9l\u00e9brer doit \u00eatre en harmonie avec l\u2019action de l\u2019Esprit. C\u2019est seulement ainsi qu\u2019il sera libre des subjectivismes qui sont le fruit de la domination des go\u00fbts individuels. Ce n\u2019est qu\u2019ainsi qu\u2019il sera libre de l\u2019invasion d\u2019\u00e9l\u00e9ments culturels assum\u00e9s sans discernement et qui n\u2019ont rien \u00e0 voir avec une compr\u00e9hension correcte de l\u2019inculturation.<\/p>\n<p>Enfin, il est n\u00e9cessaire de comprendre la dynamique du langage symbolique, sa nature particuli\u00e8re, son efficacit\u00e9.<\/p>\n<p><b>50.\u00a0<\/b>Avec ces br\u00e8ves indications, il devrait \u00eatre clair que l\u2019art de la c\u00e9l\u00e9bration ne s\u2019improvise pas. Comme tout art, il exige une application constante. Pour un artisan, la technique suffit. Mais pour un artiste, en plus des connaissances techniques, il faut aussi de l\u2019inspiration, qui est une forme positive de possession. Le v\u00e9ritable artiste ne poss\u00e8de pas un art, mais il est poss\u00e9d\u00e9 par lui. On n\u2019apprend pas l\u2019art de c\u00e9l\u00e9brer en fr\u00e9quentant un cours d\u2019art oratoire ou de techniques de communication persuasives. (Je ne juge pas les intentions, je ne fais qu\u2019observer les effets). Tout outil peut \u00eatre utile, mais il doit \u00eatre au service de la nature de la liturgie et de l\u2019action de l\u2019Esprit Saint. Il faut un engagement soutenu dans la c\u00e9l\u00e9bration, permettant \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration elle-m\u00eame de nous transmettre son art. Guardini \u00e9crit : \u00ab Nous devons comprendre \u00e0 quel point nous nous sommes profond\u00e9ment enlis\u00e9s dans l\u2019individualisme et le subjectivisme ; \u00e0 quel point nous nous sommes maintenant affaiblis et combien \u00e9troite est devenue la dimension de notre vie religieuse. L\u2019ardent d\u00e9sir de cultiver un grand style de pri\u00e8re doit \u00e0 nouveau s\u2019\u00e9veiller ; la volont\u00e9 d\u2019essentialit\u00e9 doit aussi revivre dans la pri\u00e8re. La voie \u00e0 suivre pour y arriver est celle de la discipline ; du renoncement aux satisfactions faciles et sans effort ; du travail rigoureux, accompli dans l\u2019ob\u00e9issance \u00e0 l\u2019\u00c9glise, pour notre conduite et notre \u00eatre religieux \u00bb\u00a0<a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>. C\u2019est ainsi que l\u2019on apprend l\u2019art de c\u00e9l\u00e9brer.<\/p>\n<p><b>51.<\/b>\u00a0En parlant de ce th\u00e8me, nous sommes enclins \u00e0 penser qu\u2019il ne concerne que les ministres ordonn\u00e9s qui exercent le service de la pr\u00e9sidence. Mais en fait, il s\u2019agit d\u2019une attitude que tous les baptis\u00e9s sont appel\u00e9s \u00e0 vivre. Je pense \u00e0 tous les gestes et \u00e0 toutes les paroles qui appartiennent \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e : se rassembler, marcher en procession, s\u2019asseoir, se tenir debout, s\u2019agenouiller, chanter, se taire, acclamer, regarder, \u00e9couter. Ce sont autant de fa\u00e7ons par lesquelles l\u2019assembl\u00e9e,\u00a0<i>comme un seul homme<\/i>\u00a0(Ne 8,1), participe \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration. Effectuer tous ensemble le m\u00eame geste, parler tous d\u2019une seule voix, cela transmet \u00e0 chaque individu l\u2019\u00e9nergie de toute l\u2019assembl\u00e9e. Il s\u2019agit d\u2019une uniformit\u00e9 qui non seulement ne brime pas mais, au contraire, \u00e9duque le fid\u00e8le individuel \u00e0 d\u00e9couvrir l\u2019unicit\u00e9 authentique de sa personnalit\u00e9 non pas dans des attitudes individualistes mais dans la conscience d\u2019\u00eatre un seul corps. Il ne s\u2019agit pas de suivre un livre de bonnes mani\u00e8res liturgiques. Il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019une \u00ab discipline \u00bb \u2013 au sens o\u00f9 l\u2019entend Guardini \u2013 qui, si elle est observ\u00e9e, nous forme authentiquement. Ce sont des gestes et des paroles qui mettent de l\u2019ordre dans notre monde int\u00e9rieur en nous faisant vivre certains sentiments, attitudes, comportements. Ils ne sont pas l\u2019explication d\u2019un id\u00e9al dont nous cherchons \u00e0 nous inspirer, mais ils sont au contraire une action qui engage le corps dans sa totalit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire dans son \u00eatre unit\u00e9 de corps et d\u2019\u00e2me.<\/p>\n<p><b>52.\u00a0<\/b>Parmi les gestes rituels qui appartiennent \u00e0 l\u2019ensemble de l\u2019assembl\u00e9e, le silence occupe une place d\u2019importance absolue. Bien souvent, il est express\u00e9ment prescrit dans les rubriques. Toute la c\u00e9l\u00e9bration eucharistique est immerg\u00e9e dans le silence qui pr\u00e9c\u00e8de son d\u00e9but et qui marque chaque moment de son d\u00e9roulement rituel. En effet, il est pr\u00e9sent dans l\u2019acte p\u00e9nitentiel, apr\u00e8s l\u2019invitation \u00ab Prions \u00bb, dans la Liturgie de la Parole (avant les lectures, entre les lectures et apr\u00e8s l\u2019hom\u00e9lie), dans la pri\u00e8re eucharistique, apr\u00e8s la communion\u00a0<a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>. Un tel silence n\u2019est pas un havre int\u00e9rieur dans lequel se retirer dans une sorte d\u2019isolement intime, comme si on laissait derri\u00e8re soi la forme rituelle consid\u00e9r\u00e9e comme une distraction. Ce type de silence contredirait l\u2019essence m\u00eame de la c\u00e9l\u00e9bration. Le silence liturgique est quelque chose de beaucoup plus grand : il est le symbole de la pr\u00e9sence et de l\u2019action de l\u2019Esprit Saint qui anime toute l\u2019action de la c\u00e9l\u00e9bration. C\u2019est pourquoi il constitue un sommet dans une s\u00e9quence liturgique. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il est un symbole de l\u2019Esprit qu\u2019il a le pouvoir d\u2019exprimer l\u2019action multiforme de l\u2019Esprit. Ainsi, en reprenant les moments que je viens de mentionner, le silence conduit \u00e0 la contrition et au d\u00e9sir de conversion. Il suscite la disponibilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9coute de la Parole et \u00e0 la pri\u00e8re. Il nous dispose \u00e0 adorer le Corps et le Sang du Christ. Il sugg\u00e8re \u00e0 chacun, dans l\u2019intimit\u00e9 de la communion, ce que l\u2019Esprit veut op\u00e9rer dans nos vies pour nous conformer au Pain rompu. Pour toutes ces raisons, nous sommes appel\u00e9s \u00e0 accomplir avec un soin extr\u00eame le geste symbolique du silence. \u00c0 travers lui, l\u2019Esprit nous donne forme.<\/p>\n<p><b>53.\u00a0<\/b>Chaque geste, chaque parole contient une action pr\u00e9cise qui est toujours nouvelle parce qu\u2019elle rencontre un moment toujours nouveau de notre propre vie. Je vais expliquer ce que je veux dire par un exemple simple. Nous nous agenouillons pour demander pardon, pour plier notre orgueil, pour pr\u00e9senter \u00e0 Dieu nos larmes, pour implorer son intervention, pour le remercier d\u2019un cadeau re\u00e7u. C\u2019est toujours le m\u00eame geste qui, au fond, d\u00e9clare notre propre petitesse en pr\u00e9sence de Dieu. N\u00e9anmoins, accompli \u00e0 diff\u00e9rents moments de notre vie, il fa\u00e7onne nos profondeurs int\u00e9rieures et se manifeste ensuite ext\u00e9rieurement dans notre relation avec Dieu et avec nos fr\u00e8res et s\u0153urs. Aussi l\u2019agenouillement doit \u00eatre fait avec art, c\u2019est-\u00e0-dire avec une pleine conscience de son sens symbolique et du besoin que nous avons de ce geste pour exprimer notre mani\u00e8re d\u2019\u00eatre en pr\u00e9sence du Seigneur. Et si tout cela est vrai pour ce simple geste, combien plus le sera-t-il pour la c\u00e9l\u00e9bration de la Parole ? Quel art sommes-nous appel\u00e9s \u00e0 apprendre pour proclamer la Parole, pour l\u2019\u00e9couter, pour la laisser inspirer notre pri\u00e8re, pour la faire devenir notre vie ? Tout cela est digne de la plus grande attention, non pas formelle ou simplement ext\u00e9rieure, mais vivante et int\u00e9rieure, afin que chaque geste et chaque parole de la c\u00e9l\u00e9bration, exprim\u00e9s avec \u00ab art \u00bb, forment la personnalit\u00e9 chr\u00e9tienne de chaque individu et de la communaut\u00e9.<\/p>\n<p><b>54.\u00a0<\/b>S\u2019il est vrai que l\u2019<i>ars celebrandi<\/i>\u00a0est exig\u00e9 de toute l\u2019assembl\u00e9e qui c\u00e9l\u00e8bre, il est \u00e9galement vrai que les ministres ordonn\u00e9s doivent y porter une attention toute particuli\u00e8re. En visitant des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes, j\u2019ai remarqu\u00e9 que leur mani\u00e8re de vivre la c\u00e9l\u00e9bration liturgique est conditionn\u00e9e \u2013 pour le meilleur ou, malheureusement, pour le pire \u2013 par la fa\u00e7on dont leur pasteur pr\u00e9side l\u2019assembl\u00e9e. On pourrait dire qu\u2019il existe diff\u00e9rents \u00ab mod\u00e8les \u00bb de pr\u00e9sidence. Voici une liste possible d\u2019approches qui, bien qu\u2019oppos\u00e9es l\u2019une \u00e0 l\u2019autre, caract\u00e9risent une mani\u00e8re de pr\u00e9sider certainement inad\u00e9quate : une aust\u00e9rit\u00e9 rigide ou une cr\u00e9ativit\u00e9 exasp\u00e9rante, un mysticisme spiritualisant ou un fonctionnalisme pratique, une vivacit\u00e9 pr\u00e9cipit\u00e9e ou une lenteur exag\u00e9r\u00e9e, une insouciance n\u00e9glig\u00e9e ou une minutie excessive, une amabilit\u00e9 surabondante ou une impassibilit\u00e9 hi\u00e9ratique. Malgr\u00e9 la grande vari\u00e9t\u00e9 de ces exemples, je pense que l\u2019inad\u00e9quation de ces mod\u00e8les de pr\u00e9sidence a une racine commune : une personnalisation exag\u00e9r\u00e9e du style de c\u00e9l\u00e9bration qui exprime parfois une manie mal dissimul\u00e9e d\u2019\u00eatre le centre de l\u2019attention. Cela devient souvent plus \u00e9vident lorsque nos c\u00e9l\u00e9brations sont transmises par voie hertzienne ou en ligne, ce qui n\u2019est pas toujours opportun et n\u00e9cessite une r\u00e9flexion plus approfondie. Comprenez-moi bien : ce ne sont pas les comportements les plus r\u00e9pandus, mais il n\u2019est pas rare que des assembl\u00e9es souffrent d\u2019\u00eatre ainsi abus\u00e9es.<\/p>\n<p><b>55.\u00a0<\/b>Il y aurait beaucoup \u00e0 dire sur l\u2019importance et la d\u00e9licatesse de la pr\u00e9sidence. \u00c0 plusieurs reprises, je me suis attard\u00e9 sur la t\u00e2che exigeante que repr\u00e9sente la pr\u00e9dication de l\u2019hom\u00e9lie\u00a0<a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>. Je vais maintenant me limiter \u00e0 quelques consid\u00e9rations plus larges, en voulant \u00e0 nouveau r\u00e9fl\u00e9chir avec vous sur la mani\u00e8re dont nous sommes form\u00e9s par la Liturgie. Je pense au rythme r\u00e9gulier des messes dominicales dans nos communaut\u00e9s, et je m\u2019adresse donc aux pr\u00eatres, mais implicitement \u00e0 tous les ministres ordonn\u00e9s.<\/p>\n<p><b>56.\u00a0<\/b>Le pr\u00eatre vit sa participation caract\u00e9ristique \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration en vertu du don re\u00e7u dans le sacrement de l\u2019Ordre, et celle-ci s\u2019exprime pr\u00e9cis\u00e9ment dans la pr\u00e9sidence. Comme tous les r\u00f4les qu\u2019il est appel\u00e9 \u00e0 remplir, il ne s\u2019agit pas en premier lieu d\u2019un devoir qui lui est assign\u00e9 par la communaut\u00e9, mais plut\u00f4t d\u2019une cons\u00e9quence de l\u2019effusion de l\u2019Esprit Saint re\u00e7ue lors de l\u2019ordination, qui le rend apte \u00e0 une telle t\u00e2che. Le pr\u00eatre aussi est form\u00e9 par le fait qu\u2019il pr\u00e9side l\u2019assembl\u00e9e qui c\u00e9l\u00e8bre.<\/p>\n<p><b>57.\u00a0<\/b>Pour que ce service soit bien fait \u2013 et m\u00eame avec art ! \u2013 il est d\u2019une importance fondamentale que le pr\u00eatre ait tout d\u2019abord une conscience aigu\u00eb d\u2019\u00eatre, par la mis\u00e9ricorde de Dieu, une pr\u00e9sence particuli\u00e8re du Seigneur ressuscit\u00e9. Le ministre ordonn\u00e9 est lui-m\u00eame l\u2019un des modes de pr\u00e9sence du Seigneur qui rendent l\u2019assembl\u00e9e chr\u00e9tienne unique, diff\u00e9rente de toute autre assembl\u00e9e (cf.\u00a0<i><a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/archive\/hist_councils\/ii_vatican_council\/documents\/vat-ii_const_19631204_sacrosanctum-concilium_fr.html\">Sacrosanctum Concilium<\/a><\/i>, n.7). Ce fait donne une profondeur \u00ab sacramentelle \u00bb \u2013 au sens large \u2013 \u00e0 tous les gestes et paroles de celui qui pr\u00e9side. L\u2019assembl\u00e9e a le droit de pouvoir sentir dans ces gestes et ces paroles le d\u00e9sir que le Seigneur a, aujourd\u2019hui comme \u00e0 la derni\u00e8re C\u00e8ne, de continuer \u00e0 manger la P\u00e2que avec nous. C\u2019est donc le Seigneur Ressuscit\u00e9 qui est le protagoniste, et certainement pas nos immaturit\u00e9s qui cherchent, en assumant un r\u00f4le et une attitude, une pr\u00e9sentabilit\u00e9 qu\u2019elles ne peuvent avoir. Le pr\u00eatre lui-m\u00eame devrait \u00eatre submerg\u00e9 par ce d\u00e9sir de communion que le Seigneur a envers chacun. C\u2019est comme s\u2019il \u00e9tait plac\u00e9 au milieu entre le c\u0153ur br\u00fblant de l\u2019amour de J\u00e9sus et le c\u0153ur de chaque croyant, objet de son amour. Pr\u00e9sider l\u2019Eucharistie, c\u2019est \u00eatre plong\u00e9 dans la fournaise de l\u2019amour de Dieu. Lorsqu\u2019il nous sera donn\u00e9 de comprendre cette r\u00e9alit\u00e9, ou m\u00eame simplement d\u2019en avoir l\u2019intuition, nous n\u2019aurons certainement plus besoin d\u2019un Directoire qui nous imposerait le comportement ad\u00e9quat. Si nous en avons besoin, c\u2019est \u00e0 cause de la duret\u00e9 de notre c\u0153ur. La norme la plus \u00e9lev\u00e9e, et donc la plus exigeante, est la r\u00e9alit\u00e9 m\u00eame de la c\u00e9l\u00e9bration eucharistique, qui s\u00e9lectionne les mots, les gestes, les sentiments qui nous feront comprendre si notre usage de ceux-ci est ou non \u00e0 la hauteur de la r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019ils servent. Il est \u00e9vident que cela ne s\u2019improvise pas. C\u2019est un art. Cela demande de la part du pr\u00eatre de l\u2019application, un entretien assidu du feu de l\u2019amour du Seigneur qu\u2019il est venu allumer sur la terre (cf. Lc 12,49).<\/p>\n<p><b>58.\u00a0<\/b>Lorsque la premi\u00e8re communaut\u00e9 rompt le pain en ob\u00e9issant au commandement du Seigneur, elle le fait sous le regard de Marie qui accompagne les premiers pas de l\u2019\u00c9glise : \u00ab Tous \u00e9taient assidus \u00e0 la pri\u00e8re, avec des femmes, avec Marie la m\u00e8re de J\u00e9sus \u00bb (Ac 1,14). La Vierge M\u00e8re \u00ab veille \u00bb sur les gestes de son Fils confi\u00e9s aux ap\u00f4tres. Comme elle l\u2019a fait apr\u00e8s les paroles de l\u2019ange Gabriel, elle garde \u00e0 nouveau dans son c\u0153ur, ces gestes qui font le corps de son Fils. Le pr\u00eatre, qui r\u00e9p\u00e8te ces gestes en vertu du don re\u00e7u dans le sacrement de l\u2019Ordre, est lui-m\u00eame prot\u00e9g\u00e9 dans le c\u0153ur de la Vierge. Avons-nous vraiment besoin ici d\u2019une r\u00e8gle pour nous dire comment nous devons agir ?<\/p>\n<p><b>59.\u00a0<\/b>Devenus des instruments pour allumer le feu de l\u2019amour du Seigneur sur la terre, prot\u00e9g\u00e9s dans le c\u0153ur de Marie, Vierge faite \u00c9glise (comme le chantait saint Fran\u00e7ois), les pr\u00eatres doivent laisser l\u2019Esprit Saint agir sur eux, pour mener \u00e0 bien l\u2019\u0153uvre qu\u2019il a commenc\u00e9e en eux lors de leur ordination. L\u2019action de l\u2019Esprit leur offre la possibilit\u00e9 d\u2019exercer leur minist\u00e8re de pr\u00e9sidence de l\u2019assembl\u00e9e eucharistique avec la crainte de Pierre, conscient d\u2019\u00eatre p\u00e9cheur (Lc 5,1-11), avec la puissante humilit\u00e9 du serviteur souffrant (cf. Is 42ss), avec le d\u00e9sir \u00ab d\u2019\u00eatre mang\u00e9 \u00bb par les personnes qui leur sont confi\u00e9es dans l\u2019exercice quotidien du minist\u00e8re.<\/p>\n<p><b>60.\u00a0<\/b>C\u2019est la c\u00e9l\u00e9bration elle-m\u00eame qui \u00e9duque le pr\u00eatre \u00e0 ce niveau et \u00e0 cette qualit\u00e9 de pr\u00e9sidence. Il ne s\u2019agit pas, je le r\u00e9p\u00e8te, d\u2019une adh\u00e9sion mentale, m\u00eame si tout notre esprit ainsi que toute notre sensibilit\u00e9 doivent y \u00eatre engag\u00e9s. Ainsi, le pr\u00eatre se forme en pr\u00e9sidant les paroles et les gestes que la liturgie met sur ses l\u00e8vres et dans ses mains.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas assis sur un tr\u00f4ne\u00a0<a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>\u00a0car le Seigneur r\u00e8gne avec l\u2019humilit\u00e9 de celui qui sert.<\/p>\n<p>Il ne d\u00e9tourne pas l\u2019attention de la centralit\u00e9 de l\u2019autel,\u00a0<i>symbole du Christ, car c\u2019est de son c\u00f4t\u00e9 transperc\u00e9 qu\u2019il laissa couler l\u2019eau et le sang, source des sacrements de l\u2019\u00c9glise<\/i>\u00a0et le\u00a0<i>centre de notre louange et de notre action de gr\u00e2ce<\/i>\u00a0<a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>.<\/p>\n<p>En s\u2019approchant de l\u2019autel pour l\u2019offrande, le pr\u00eatre est \u00e9duqu\u00e9 \u00e0 l\u2019humilit\u00e9 et \u00e0 la contrition par les paroles : \u00ab Le c\u0153ur humble et contrit, nous te supplions, Seigneur, accueille-nous : que notre sacrifice, en ce jour, trouve gr\u00e2ce devant toi, Seigneur notre Dieu \u00bb\u00a0<a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>.<\/p>\n<p>Il ne peut pas compter sur lui-m\u00eame pour le minist\u00e8re qui lui est confi\u00e9, car la Liturgie l\u2019invite \u00e0 prier pour \u00eatre purifi\u00e9 par le signe de l\u2019eau, lorsqu\u2019il dit : \u00ab Lave-moi de mes fautes, Seigneur, et purifie-moi de mon p\u00e9ch\u00e9 \u00bb\u00a0<a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>.<\/p>\n<p>Les mots que la Liturgie place sur ses l\u00e8vres ont des contenus diff\u00e9rents qui exigent des tonalit\u00e9s sp\u00e9cifiques. L\u2019importance de ces paroles exige du pr\u00eatre un v\u00e9ritable\u00a0<i>ars dicendi<\/i>. Celles-ci donnent forme \u00e0 ses sentiments int\u00e9rieurs, tant\u00f4t dans la supplication du P\u00e8re au nom de l\u2019assembl\u00e9e, tant\u00f4t dans l\u2019exhortation adress\u00e9e \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e, tant\u00f4t dans l\u2019acclamation d\u2019une seule voix avec toute l\u2019assembl\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans la pri\u00e8re eucharistique \u2013 \u00e0 laquelle participent aussi tous les baptis\u00e9s, en \u00e9coutant avec r\u00e9v\u00e9rence et en silence, et en intervenant dans les acclamations\u00a0<a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>\u00a0\u2013 celui qui pr\u00e9side a la force, au nom de tout le peuple saint, de rappeler devant le P\u00e8re l\u2019offrande de son Fils dans la derni\u00e8re C\u00e8ne, afin que ce don immense soit rendu nouvellement pr\u00e9sent sur l\u2019autel. \u00c0 cette offrande, il participe par l\u2019offrande de lui-m\u00eame. Le pr\u00eatre ne peut pas raconter la C\u00e8ne au P\u00e8re sans y participer lui-m\u00eame. Il ne peut pas dire : \u00ab Prenez, et mangez-en tous : ceci est mon Corps livr\u00e9 pour vous \u00bb, et ne pas vivre le m\u00eame d\u00e9sir d\u2019offrir son propre corps, sa propre vie, pour le peuple qui lui est confi\u00e9. C\u2019est ce qui se passe dans l\u2019exercice de son minist\u00e8re.<\/p>\n<p>De tout cela et de beaucoup d\u2019autres choses, le pr\u00eatre est continuellement form\u00e9 par l\u2019action de c\u00e9l\u00e9brer.<\/p>\n<p>* * *<\/p>\n<p><b>61.<\/b>\u00a0Dans cette lettre, j\u2019ai voulu simplement partager quelques r\u00e9flexions qui n\u2019\u00e9puisent certainement pas l\u2019immense tr\u00e9sor de la c\u00e9l\u00e9bration des saints myst\u00e8res. Je demande \u00e0 tous les \u00e9v\u00eaques, pr\u00eatres et diacres, aux formateurs des s\u00e9minaires, aux enseignants des facult\u00e9s et des \u00e9coles de th\u00e9ologie, \u00e0 tous les cat\u00e9chistes d\u2019aider le saint peuple de Dieu \u00e0 puiser dans ce qui est la premi\u00e8re source de la spiritualit\u00e9 chr\u00e9tienne. Nous sommes appel\u00e9s \u00e0 red\u00e9couvrir sans cesse la richesse des principes g\u00e9n\u00e9raux expos\u00e9s dans les premiers num\u00e9ros de\u00a0<i><a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/archive\/hist_councils\/ii_vatican_council\/documents\/vat-ii_const_19631204_sacrosanctum-concilium_fr.html\">Sacrosanctum Concilium<\/a><\/i>, en saisissant le lien intime entre cette premi\u00e8re constitution du Concile et toutes les autres. C\u2019est pourquoi nous ne pouvons pas revenir \u00e0 cette forme rituelle que les P\u00e8res du Concile,\u00a0<i>cum Petro et sub Petro<\/i>, ont senti la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9former, approuvant, sous la conduite de l\u2019Esprit Saint et suivant leur conscience de pasteurs, les principes d\u2019o\u00f9 est n\u00e9e la r\u00e9forme. Les saints Pontifes\u00a0<a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/paul-vi\/fr.html\">Paul VI<\/a>\u00a0et\u00a0<a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/john-paul-ii\/fr.html\">Jean Paul II<\/a>, en approuvant les livres liturgiques r\u00e9form\u00e9s\u00a0<i>ex decreto Sacrosancti \u0152cumenici Concilii Vaticani II<\/i>, ont garanti la fid\u00e9lit\u00e9 de la r\u00e9forme du Concile. C\u2019est pour cette raison que j\u2019ai \u00e9crit\u00a0<i>Traditionis custodes<\/i>, afin que l\u2019\u00c9glise puisse \u00e9lever, dans la vari\u00e9t\u00e9 de tant de langues, une seule et m\u00eame pri\u00e8re capable d\u2019exprimer son unit\u00e9\u00a0<a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a>. Comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit, j\u2019entends que cette unit\u00e9 soit r\u00e9tablie dans toute l\u2019\u00c9glise de rite romain.<\/p>\n<p><b>62.\u00a0<\/b>Je voudrais que cette lettre nous aide \u00e0 raviver notre \u00e9merveillement pour la beaut\u00e9 de la v\u00e9rit\u00e9 de la c\u00e9l\u00e9bration chr\u00e9tienne, \u00e0 nous rappeler la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une authentique formation liturgique, et \u00e0 reconna\u00eetre l\u2019importance d\u2019un art de c\u00e9l\u00e9brer qui soit au service de la v\u00e9rit\u00e9 du Myst\u00e8re Pascal et de la participation de tous les baptis\u00e9s \u00e0 celui-ci, chacun selon sa vocation.<\/p>\n<p>Toute cette richesse n\u2019est pas loin de nous. Elle est dans nos \u00e9glises, dans nos f\u00eates chr\u00e9tiennes, dans la centralit\u00e9 du Dimanche, Jour du Seigneur, dans la force des sacrements que nous c\u00e9l\u00e9brons. La vie chr\u00e9tienne est un parcours continuel de croissance. Nous sommes appel\u00e9s \u00e0 nous laisser former dans la joie et dans la communion.<\/p>\n<p><b>63.\u00a0<\/b>C\u2019est pourquoi, je d\u00e9sire vous laisser une autre indication \u00e0 suivre sur notre chemin. Je vous invite \u00e0 red\u00e9couvrir le sens de l\u2019ann\u00e9e liturgique et du Jour du Seigneur: cela aussi est une consigne du Concile (cf.\u00a0<i><a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/archive\/hist_councils\/ii_vatican_council\/documents\/vat-ii_const_19631204_sacrosanctum-concilium_fr.html\">Sacrosanctum Concilium<\/a><\/i>, nn.102-111).<\/p>\n<p><b>64.<\/b>\u00a0\u00c0 la lumi\u00e8re de ce que nous avons rappel\u00e9 ci-dessus, nous comprenons que l\u2019ann\u00e9e liturgique est l\u2019occasion pour nous de grandir dans notre connaissance du myst\u00e8re du Christ, en plongeant nos vies dans le myst\u00e8re de sa P\u00e2que, dans l\u2019attente de son retour dans la gloire. Il s\u2019agit d\u2019une v\u00e9ritable formation permanente. Notre vie n\u2019est pas une s\u00e9rie d\u2019\u00e9v\u00e9nements al\u00e9atoires et chaotiques, qui se succ\u00e8dent les uns aux autres. Il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019un itin\u00e9raire pr\u00e9cis qui, d\u2019une c\u00e9l\u00e9bration annuelle de P\u00e2ques \u00e0 une autre, nous rend conformes \u00e0 Lui, dans l\u2019attente que se r\u00e9alise cette bienheureuse esp\u00e9rance : l\u2019av\u00e8nement de J\u00e9sus Christ, notre Sauveur\u00a0<a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>.<\/p>\n<p><b>65.\u00a0<\/b>Au fur et \u00e0 mesure que s\u2019\u00e9coule le temps rendu nouveau par sa P\u00e2que, l\u2019\u00c9glise c\u00e9l\u00e8bre chaque huiti\u00e8me jour, dans le jour du Seigneur, l\u2019\u00e9v\u00e9nement de notre salut. Le dimanche, avant d\u2019\u00eatre un pr\u00e9cepte, est un don que Dieu fait \u00e0 son peuple ; et pour cette raison l\u2019Eglise le sauvegarde par un pr\u00e9cepte. La c\u00e9l\u00e9bration dominicale offre \u00e0 la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre form\u00e9e par l\u2019Eucharistie. De dimanche en dimanche, la parole du Seigneur ressuscit\u00e9 illumine notre existence, en voulant atteindre en nous la fin pour laquelle elle a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9e. (Cf. Is 55,10-11) De dimanche en dimanche, la communion au Corps et au Sang du Christ veut faire de notre vie aussi un sacrifice agr\u00e9able au P\u00e8re, dans la communion fraternelle du partage, de l\u2019accueil, du service. De dimanche en dimanche, l\u2019\u00e9nergie du Pain rompu nous soutient dans l\u2019annonce de l\u2019\u00c9vangile dans lequel se manifeste l\u2019authenticit\u00e9 de notre c\u00e9l\u00e9bration<\/p>\n<p>Abandonnons nos pol\u00e9miques pour \u00e9couter ensemble ce que l\u2019Esprit dit \u00e0 l\u2019Eglise. Sauvegardons notre communion. Continuons \u00e0 nous \u00e9merveiller de la beaut\u00e9 de la liturgie. La P\u00e2que nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e. Laissons-nous toucher par le d\u00e9sir que le Seigneur continue d\u2019avoir de manger sa P\u00e2que avec nous. Sous le regard de Marie, M\u00e8re de l\u2019Eglise.<\/p>\n<p><i>Donn\u00e9 \u00e0 Rome, pr\u00e8s Saint Jean de Latran, le 29 juin, solennit\u00e9 des saints Pierre et Paul, ap\u00f4tres, en l\u2019an 2022, la dixi\u00e8me ann\u00e9e de mon pontificat.<\/i><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>FRAN<span lang=\"es\">\u00c7<\/span>OIS<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019humanit\u00e9 enti\u00e8re tremble,<br \/>\nl\u2019univers entier tremble et le ciel se r\u00e9jouit,<br \/>\nquand sur l\u2019autel, dans la main du pr\u00eatre,<br \/>\nle Christ, le Fils du Dieu vivant, est pr\u00e9sent.<br \/>\n\u00d4 hauteur admirable et valeur stup\u00e9fiante !<br \/>\n\u00d4 sublime humilit\u00e9 ! \u00d4 humble sublimit\u00e9 !<br \/>\nque le Seigneur de l\u2019univers, Dieu et Fils de Dieu<br \/>\ns\u2019humilie au point de se cacher, pour notre salut,<br \/>\nsous un petit semblant de pain !<br \/>\nVoyez, mes fr\u00e8res, l\u2019humilit\u00e9 de Dieu,<br \/>\net ouvrez vos c\u0153urs devant Lui ;<br \/>\nhumiliez vous aussi, afin d\u2019\u00eatre \u00e9lev\u00e9s par Lui.<br \/>\nNe retenez donc rien de vous-m\u00eames,<br \/>\nafin que vous soyez re\u00e7us en tout et pour tout<br \/>\npar Celui qui s\u2019offre enti\u00e8rement \u00e0 vous.<\/p>\n<p><i>Saint Fran\u00e7ois d\u2019Assise<br \/>\nLettre \u00e0 tout l\u2019Ordre<\/i>\u00a0II,26-29<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a>\u00a0Cfr. Leo Magnus,\u00a0<i>Sermo LXXIV: De ascensione Domini II,1<\/i>: \u00abquod [&#8230;] Redemptoris nostri conspicuum fuit, in sacramenta transivit\u00bb.<\/p>\n<p><a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a>\u00a0<i>Pr\u00e6fatio paschalis<\/i>\u00a0<i>III<\/i>,\u00a0<i>Missale Romanum\u00a0<\/i>(2008) p. 367: \u00abQui immol\u00e1tus iam non m\u00f3ritur, sed semper vivit occ\u00edsus\u00bb.<\/p>\n<p><a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a>\u00a0Cfr.\u00a0<i>Missale Romanum\u00a0<\/i>(2008) p. 532.<\/p>\n<p><a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a>\u00a0Cfr. Augustinus,\u00a0<i>Enarrationes in psalmos. Ps. 138,2<\/i>;\u00a0<i>Oratio post septimam lectionem<\/i>,\u00a0<i>Vigilia paschalis<\/i>,\u00a0<i>Missale Romanum\u00a0<\/i>(2008) p. 359;\u00a0<i>Super oblata<\/i>,\u00a0<i>Pro Ecclesia\u00a0<\/i>(B)\u00a0<i>, Missale Romanum<\/i>(2008) p. 1076.<\/p>\n<p><a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a>\u00a0Cfr. Augustinus,\u00a0<i>In Ioannis Evangelium tractatus XXVI,13.<\/i><\/p>\n<p><a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a>\u00a0Litter\u00e6 encyclic\u00e6\u00a0<i>Mediator Dei\u00a0<\/i>(20 Novembris 1947)\u00a0<i><\/i>in\u00a0<i>AAS<\/i>\u00a039 (1947) 532.<\/p>\n<p><a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a>\u00a0<i>AAS<\/i>\u00a056 (1964) 34.<\/p>\n<p><a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a>\u00a0R. Guardini,\u00a0<i>Liturgische Bildung<\/i>\u00a0(1923) in\u00a0<i>Liturgie und liturgische Bildung<\/i>\u00a0(Mainz 1992) p. 43 ; trad. fr.\u00a0<i>La formation liturgique\u00a0<\/i>(Leuven 2017) p.32.<\/p>\n<p><a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a>\u00a0R. Guardini,\u00a0<i>Der Kultakt und die gegenw\u00e4rtge Aufgabe der Liturgischen Bildung<\/i>\u00a0(1964) in\u00a0<i>Liturgie und liturgische Bildung<\/i>\u00a0(Mainz 1992) p. 14 ; trad. fr.\u00a0<i>La formation liturgique\u00a0<\/i>(Leuven 2017) p.91.<\/p>\n<p><a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a>\u00a0<i>De Ordinatione Episcopi, Presbyterorum et Diaconorum\u00a0<\/i>(1990) p. 95 ; \u00ab Agnosce quod ages, imitare quod tractabis, et vitam tuam mysterio dominic\u00e6 crucis conforma \u00bb.<\/p>\n<p><a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a>\u00a0Leo Magnus,\u00a0<i>Sermo XII: De Passione III, 7<\/i>.<\/p>\n<p><a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a>\u00a0Iren\u00e6us Lugdunensis,\u00a0<i>Adversus h\u00e6reses IV,20,7.<\/i><\/p>\n<p><a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a>\u00a0R. Guardini,\u00a0<i>Liturgische Bildung<\/i>\u00a0(1923) in\u00a0<i>Liturgie und liturgische Bildung<\/i>\u00a0(Mainz 1992) p. 36 ; trad. fr.\u00a0<i>La formation liturgique\u00a0<\/i>(Leuven 2017) p.26.<\/p>\n<p><a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a>\u00a0<i>Cantico delle Creature<\/i>, Fonti Francescane, n. 263.<\/p>\n<p><a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a>\u00a0R. Guardini,\u00a0<i>Liturgische Bildung<\/i>\u00a0(1923) in\u00a0<i>Liturgie und liturgische Bildung<\/i>\u00a0(Mainz 1992) p. 99 ; trad. fr.\u00a0<i>La formation liturgique\u00a0<\/i>(Leuven 2017) p.75<\/p>\n<p><a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a>\u00a0Cf.\u00a0<i>Institutio Generalis Missalis Romani<\/i>, nn. 45; 51; 54-56; 66; 71; 78; 84; 88; 271.<\/p>\n<p><a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a>\u00a0Voir l\u2019Exhortation apostolique\u00a0<i>Evangelii gaudium<\/i>\u00a0(24 novembre 2013) nn. 135-144.<\/p>\n<p><a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a>\u00a0Cf.\u00a0<i>Institutio Generalis Missalis Romani<\/i>, n.310.<\/p>\n<p><a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a>\u00a0<i>Prex dedicationis\u00a0<\/i>in\u00a0<i>Ordo dedicationis ecclesi\u00e6 et altaris\u00a0<\/i>(1977) p. 102.<\/p>\n<p><a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a>\u00a0<i>Missale Romanum\u00a0<\/i>(2008) p. 515: \u00abIn spiritu humilitatis et in animo contrito suscipiamur a te, Domine; et sic fiat sacrificium nostrum in conspectu tuo hodie, ut placeat tibi, Domine Deus\u00bb.<\/p>\n<p><a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a>\u00a0<i>Missale Romanum\u00a0<\/i>(2008) p. 515: \u00abLava me, Domine, ab iniquitate mea, et a peccato meo munda me\u00bb.<\/p>\n<p><a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a>\u00a0Cf.\u00a0<i>Institutio Generalis Missalis Romani<\/i>, nn.78-79.<\/p>\n<p><a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a>\u00a0Cf. Paulus VI, Constitutio apostolica\u00a0<i>Missale Romanum<\/i>\u00a0(3 Aprilis 1969) in\u00a0<i>AAS<\/i>\u00a061 (1969) 222.<\/p>\n<p><a class=\" cleaner\" href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a>\u00a0<i>Missale Romanum<\/i>\u00a0(2008) p. 598 : \u00ab \u2026 exspectantes beatam spem et adventum Salvatoris nostri Iesu Christi \u00bb.<\/p>\n<div class=\"clearfix\"><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"content parsys\"><\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p align=\"center\"><span style=\"color: #663300;\">Copyright \u00a9 Dicastero per la Comunicazione &#8211; Libreria Editrice Vaticana<\/span><\/p>\n<p align=\"center\">\n<p>https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20220629-lettera-ap-desiderio-desideravi.html<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LETTRE APOSTOLIQUE DESIDERIO DESIDERAVI DU SAINT-P\u00c8RE FRAN\u00c7OIS AUX \u00c9V\u00caQUES, PR\u00caTRES ET DIACRES, AUX PERSONNES CONSACR\u00c9ES ET AUX FID\u00c8LES LA\u00cfCS SUR LA FORMATION LITURGIQUE DU PEUPLE DE DIEU Desiderio desideravi hoc Pascha manducare vobiscum, antequam patiar.\u00a0(Lc 22,15) 1.\u00a0Tr\u00e8s chers fr\u00e8res et s\u0153urs, par cette lettre, je d\u00e9sire vous rejoindre tous \u2013 apr\u00e8s avoir d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit uniquement [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mi_skip_tracking":false,"footnotes":""},"categories":[179,39,175],"tags":[],"class_list":["post-1055","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-francois","category-documents-officiels","category-lettre-apostolique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archiliturgique.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1055"}],"collection":[{"href":"https:\/\/archiliturgique.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archiliturgique.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archiliturgique.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archiliturgique.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1055"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/archiliturgique.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1055\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1056,"href":"https:\/\/archiliturgique.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1055\/revisions\/1056"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archiliturgique.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1055"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archiliturgique.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1055"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archiliturgique.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1055"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}