{"id":297,"date":"2018-02-07T17:03:17","date_gmt":"2018-02-07T16:03:17","guid":{"rendered":"https:\/\/archiliturgique.fr\/?p=297"},"modified":"2018-02-07T17:03:17","modified_gmt":"2018-02-07T16:03:17","slug":"ad-orientem","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archiliturgique.fr\/index.php\/ad-orientem\/","title":{"rendered":"Ad Orientem"},"content":{"rendered":"<p>En se basant surtout sur les recherches de E. L. Sukenik, Louis Bouyer \u00a0a montr\u00e9 tr\u00e8s clairement comment l&#8217;espace de la maison de Dieu chr\u00e9tienne s&#8217;est \u00e9labor\u00e9 dans une parfaite continuit\u00e9 avec celui de la synagogue, d\u00e9veloppant ensuite, sans rupture dramatique, sa nouveaut\u00e9 sp\u00e9cifiquement chr\u00e9tienne.<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a><\/p>\n<p>La foi chr\u00e9tienne apporta trois innovations \u00e0 l&#8217;architecture int\u00e9rieure de la synagogue, qui donn\u00e8rent son nouveau et v\u00e9ritable profil \u00e0 la liturgie chr\u00e9tienne. La premi\u00e8re : on ne tourne plus le regard vers J\u00e9rusalem; le Temple d\u00e9truit n&#8217;est plus consid\u00e9r\u00e9 comme le lieu de la pr\u00e9sence terrestre de Dieu. Le Temple de pierre n&#8217;exprime plus l&#8217;esp\u00e9rance des chr\u00e9tiens &#8211; son rideau est d\u00e9chir\u00e9 \u00e0 jamais. Le regard se tourne maintenant vers l&#8217;Orient, vers le soleil levant. Il ne s&#8217;agit pas de rendre un culte solaire, mais d&#8217;\u00e9couter le cosmos parler du Christ. Dans le psaume 19 (18) le soleil, assimil\u00e9 au Christ,<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0comme un \u00e9poux, sort de son pavillon et se r\u00e9jouit, vaillant, de courir sa carri\u00e8re. \u00c0 la limite des cieux il a son lever et sa course atteint l&#8217;autre limite.\u00a0\u00bb Verset 6 et suivant.<\/p><\/blockquote>\n<p>Ce psaume, qui passe sans transition de la glorification de la Cr\u00e9ation \u00e0 la louange de la Loi, a maintenant pour r\u00e9f\u00e9rence le Christ, le Logos \u00e9ternel, le Verbe vivant n\u00e9 de la Vierge Marie, v\u00e9ritable lumi\u00e8re de l&#8217;histoire qui illumine d\u00e9sormais le monde entier.<\/p>\n<p>L&#8217;Orient prend symboliquement le relais du Temple de J\u00e9rusalem et le Christ, repr\u00e9sent\u00e9 par le soleil, devient le lieu de la Shekinah, du tr\u00f4ne du Dieu vivant. Par l&#8217;incarnation, c&#8217;est la nature humaine qui est v\u00e9ritablement devenue le tr\u00f4ne de Dieu, lequel est ainsi d\u00e9finitivement reli\u00e9 \u00e0 la terre, d\u00e9finitivement accessible \u00e0 notre pri\u00e8re.<\/p>\n<p>La pri\u00e8re vers l&#8217;est a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e par l&#8217;ancienne Eglise comme une tradition remontant aux ap\u00f4tres. M\u00eame s&#8217;il n&#8217;est pas possible de dater avec pr\u00e9cision le moment o\u00f9 l&#8217;on cessa de regarder vers le Temple pour se tourner vers l\u2019est, cette \u00e9volution remonte avec certitude au premier temps du christianisme, et a toujours \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme une caract\u00e9ristique essentielle de la liturgie chr\u00e9tienne (comme aussi de la pri\u00e8re personnelle).<\/p>\n<p>L&#8217;\u00a0\u00ab\u00a0orientation\u00a0\u00bb (oriens, en latin, signifie \u00ab\u00a0est\u00a0\u00bb ; orientation veut donc dire direction vers l\u2019est) a plusieurs significations. Elle exprime la forme christologique de notre pri\u00e8re : en dirigeant notre regard vers l\u2019est, nous le tournons d&#8217;abord vers le Christ, le point de rencontre de Dieu et de l&#8217;homme. Symboliser le Christ par le soleil levant, c&#8217;est \u00e9galement d\u00e9finir la christologie de fa\u00e7on eschatologique. Le soleil levant symbolise le Seigneur du second av\u00e8nement, l&#8217;aube finale de l&#8217;histoire. Prier en direction de l\u2019est signifie donc aussi partir \u00e0 la rencontre du Christ qui vient.<\/p>\n<p>Une liturgie tourn\u00e9e vers l\u2019est nous fait en quelque sorte entrer dans la procession de l&#8217;histoire, en marche vers le monde \u00e0 venir, vers le ciel nouveau et la terre nouvelle, qui viennent \u00e0 notre rencontre dans le Christ. Elle est pri\u00e8re d\u2019esp\u00e9rance, pri\u00e8re sur la voie ouverte par l&#8217;incarnation, la crucifixion et la r\u00e9surrection du Christ.<\/p>\n<p>Pour cette raison dans certaines parties de la chr\u00e9tient\u00e9, la direction de l\u2019est fut tr\u00e8s t\u00f4t mise en relation avec la Croix, sans doute aussi sous l&#8217;influence de certains textes du Nouveau Testament (Ap 1,7 et Mt 24,30).<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Le signe du Fils de l&#8217;homme, du Transperc\u00e9, est la Croix, devenue maintenant le signe de la victoire du Ressuscit\u00e9. Le symbolisme de la Croix et celui de l\u2019Orient se rejoignent dans la dynamique de l&#8217;esp\u00e9rance qui nous porte \u00e0 la rencontre de Celui qui vient.<\/p>\n<p>Finalement, l&#8217;\u00a0\u00ab\u00a0orientation\u00a0\u00bb de la liturgie manifeste que cosmos et histoire sacr\u00e9e vont de pair. La dimension cosmique implique que la liturgie chr\u00e9tienne ne s&#8217;accomplit pas seulement pour l&#8217;homme. Le cosmos prie aussi. Lui aussi attend la R\u00e9demption. C&#8217;est dire que le th\u00e8me de la Cr\u00e9ation fait partie intrins\u00e8que de la pri\u00e8re chr\u00e9tienne, qui perd sa grandeur quand elle oublie ce lien. D&#8217;o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 absolue de ranimer, autant que faire se peut, la tradition apostolique de l&#8217;\u00a0\u00ab\u00a0orientation\u00a0\u00bb &#8211; dans la construction des \u00e9glises comme dans l&#8217;accomplissement de la liturgie.<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a><\/p>\n<p>Une chose est rest\u00e9 claire \u00e0 l&#8217;esprit de toute la chr\u00e9tient\u00e9\u00a0: la pri\u00e8re vers l\u2019Orient est de tradition depuis l&#8217;origine du christianisme, elle exprime la sp\u00e9cificit\u00e9 de la synth\u00e8se chr\u00e9tienne, qui int\u00e8gre cosmos et histoire, pass\u00e9 et monde \u00e0 venir dans la c\u00e9l\u00e9bration du myst\u00e8re du salut. Dans la pri\u00e8re vers l\u2019Orient nous exprimons donc notre fid\u00e9lit\u00e9 au don re\u00e7u dans l&#8217;incarnation et l&#8217;\u00e9lan de notre marche vers le second av\u00e8nement.<\/p>\n<p>L&#8217;homme moderne ne comprend plus grand-chose \u00e0 cette \u00ab\u00a0orientation\u00a0\u00bb. Pour le juda\u00efsme et l&#8217;islam, il est encore naturel, comme il a toujours \u00e9t\u00e9, de prier en direction du lieu o\u00f9 Dieu s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9, de telle fa\u00e7on et en tel lieu. Mais dans le monde occidental, il r\u00e8gne une fa\u00e7on de penser abstraite, qui en un sens est l&#8217;effet du christianisme.<\/p>\n<p>Si Dieu est esprit, si Dieu est partout, cela n&#8217;implique-t-il pas que la pri\u00e8re ne soit li\u00e9e ni \u00e0 un lieu ni \u00e0 une direction ?\u00a0C&#8217;est vrai, nous pouvons prier en tous lieu, et Dieu nous est partout accessible. L&#8217;id\u00e9e d&#8217;un Dieu partout pr\u00e9sent est une id\u00e9e chr\u00e9tienne, qui voit Dieu au-dessus de tous les dieux, un Dieu qui embrasse le cosmos et nous est en m\u00eame temps plus intime que notre \u00eatre m\u00eame. Cette conscience nous vient de la R\u00e9v\u00e9lation\u00a0: Dieu s&#8217;est montr\u00e9 \u00e0 nous. C&#8217;est pourquoi nous le connaissons et, dans cette connaissance, pouvons le prier avec confiance en tout lieu. C&#8217;est ce qui justifie, aujourd&#8217;hui comme autrefois, que notre corps, dans la pri\u00e8re, soit tourn\u00e9 vers le Dieu qui s&#8217;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 nous. En effet,<\/p>\n<p>Dieu lui-m\u00eame s\u2019\u00e9tant fait chair, \u00e9tant entr\u00e9 dans le temps et l&#8217;espace, il importe que notre langage dans la pri\u00e8re &#8211; du moins la pri\u00e8re liturgique en commun &#8211; soit \u00ab\u00a0incarn\u00e9\u00a0\u00bb, christocentrique, puisque notre louange est adress\u00e9e au Dieu trine par l\u2019intercession de Celui qui s\u2019est fait homme.<\/p>\n<p>Le signe cosmique du soleil levant symbolise l&#8217;universalit\u00e9 de Dieu, qui est au-del\u00e0 de tout lieu, et manifeste en m\u00eame temps le caract\u00e8re concret de la R\u00e9v\u00e9lation. Ainsi notre pri\u00e8re s&#8217;inscrit dans la longue procession des peuples vers Dieu.<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><strong>[3]<\/strong><\/a><\/p>\n<p>La pri\u00e8re en commun vers l\u2019est ne signifiait pas que la c\u00e9l\u00e9bration se faisait en direction du mur ni que le pr\u00eatre tournait le dos au peuple &#8211; on n\u2019accordait d&#8217;ailleurs pas tant d\u2019importance au c\u00e9l\u00e9brant. De m\u00eame que dans la synagogue tous se regardaient vers J\u00e9rusalem, de m\u00eame tous ensemble regardaient \u00ab\u00a0vers le Seigneur\u00a0\u00bb. Il s&#8217;agissait donc, pour reprendre les termes de J. A. Jungmann, un des p\u00e8res de la Constitution sur la Liturgie de Vatican II, d&#8217;une orientation commune du pr\u00eatre et du peuple, conscients d&#8217;avancer ensemble en procession vers le Seigneur. [\u2026] L\u2019orientation commune vers l\u2019est pendant le Canon demeure essentielle. Il ne s\u2019agit pas d\u2019un \u00e9l\u00e9ment accidentel de la liturgie. L\u2019important n\u2019est pas de regarder le pr\u00eatre mais de tourner un regard commun vers le Seigneur. Il n\u2019est plus question ici de dialogue mais d\u2019une commune adoration, de notre marche vers Celui qui vient.<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"><strong>[4]<\/strong><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a>Cardinal Joseph Ratzinger, L\u2019Esprit de la Liturgie, Chapitre deux. Le Lieux sacr\u00e9 : La signification du b\u00e2timent de l\u2019\u00e9glise, Ad Solem, 2001, p.\u00a054<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Cardinal Joseph Ratzinger, L\u2019Esprit de la Liturgie, Chapitre deux. Le Lieux sacr\u00e9 : La signification du b\u00e2timent de l\u2019\u00e9glise. , Ad Solem, 2001, P.57-58-59<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Cardinal Joseph Ratzinger, L\u2019Esprit de la Liturgie, Chapitre Chapitre trois. Autel et orientation de la pri\u00e8re,, Ad Solem, 2001, P.63-64<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Cardinal Joseph Ratzinger, L\u2019Esprit de la Liturgie Chapitre Chapitre trois. Autel et orientation de la pri\u00e8re, Ad Solem, 2001, P.68<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En se basant surtout sur les recherches de E. L. Sukenik, Louis Bouyer \u00a0a montr\u00e9 tr\u00e8s clairement comment l&#8217;espace de la maison de Dieu chr\u00e9tienne s&#8217;est \u00e9labor\u00e9 dans une parfaite continuit\u00e9 avec celui de la synagogue, d\u00e9veloppant ensuite, sans rupture dramatique, sa nouveaut\u00e9 sp\u00e9cifiquement chr\u00e9tienne.[1] La foi chr\u00e9tienne apporta trois innovations \u00e0 l&#8217;architecture int\u00e9rieure de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mi_skip_tracking":false,"footnotes":""},"categories":[117,158,64],"tags":[115,159,160,161,162],"class_list":["post-297","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-orientation-de-lespace","category-ad-orientem","category-espace-de-gloire","tag-orientation","tag-cosmos","tag-est","tag-orient","tag-soleil"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archiliturgique.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/297"}],"collection":[{"href":"https:\/\/archiliturgique.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archiliturgique.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archiliturgique.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archiliturgique.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=297"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/archiliturgique.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/297\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":298,"href":"https:\/\/archiliturgique.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/297\/revisions\/298"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archiliturgique.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=297"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archiliturgique.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=297"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archiliturgique.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=297"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}